Paysage au Maroc côté sud : vallées secrètes et kasbahs oubliées

Quand on quitte Ouarzazate par la route du sud, le goudron se rétrécit vite. Les panneaux se font rares, les villages apparaissent au détour d’un virage, et le paysage au Maroc change de registre en quelques kilomètres : plateaux caillouteux, gorges encaissées où coule parfois un filet d’eau, palmeraies silencieuses adossées à des kasbahs que personne n’a restaurées. C’est ce Maroc du sud, à l’écart des circuits balisés, qui mérite qu’on s’y attarde.

Kasbahs en pisé du Drâa : ce que l’abandon raconte du territoire

Entre Agdz et Zagora, la vallée du Drâa aligne des dizaines de kasbahs en pisé dont une bonne part tombe en ruine. On les aperçoit depuis la route, tours carrées érodées par les pluies rares mais violentes, murs ocre qui se confondent avec la terre.

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Leur abandon n’est pas qu’esthétique. La baisse des débits du Drâa et la salinisation des sols ont poussé beaucoup de familles vers les villes ces dernières années. Des parcelles cultivées autour des kasbahs sont aujourd’hui en friche, et les systèmes d’irrigation traditionnels (les khettaras, ces galeries souterraines parfois millénaires) ne fonctionnent plus partout.

Femme berbère en djellaba traditionnelle marchant sur un sentier de montagne dans une vallée secrète de l'Anti-Atlas marocain

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Résultat concret pour le voyageur : on traverse des hameaux où il reste trois ou quatre familles. Le silence est total. Les kasbahs ouvertes au vent offrent des perspectives photographiques rares, mais elles disparaissent littéralement sous nos yeux. D’ici quelques années, certaines ne seront plus que des tas de terre.

Quelques initiatives locales tentent de sauver ce patrimoine. La Kasbah Hnini, dans la vallée du Drâa, a été réhabilitée en espace culturel. À Tamnougalt, la Kasbah des Caïds se visite encore. Ces projets restent isolés, et la majorité des kasbahs du sud ne bénéficient d’aucune protection.

Vallées secrètes au sud de l’Atlas : trois itinéraires peu fréquentés

Les gorges du Todgha et du Dadès figurent dans tous les guides. On les connaît. En revanche, plusieurs vallées adjacentes restent à l’écart des flux touristiques, accessibles en voiture ou à pied avec un minimum de préparation.

  • La vallée des Roses, entre Kelâat M’Gouna et Bou Tharar, se parcourt sur une piste qui longe l’oued. Hors saison de distillation (printemps), on y croise surtout des bergers et des villages berbères en pisé rose où le paysage au Maroc prend une teinte presque irréelle.
  • La haute vallée du M’Goun, en amont des gorges, demande un trek de plusieurs jours. Les villages y sont perchés à flanc de montagne, sans route goudronnée. On dort chez l’habitant ou sous tente.
  • La vallée de l’Ounila, entre Telouet et Aït Benhaddou, offre un itinéraire de piste qui passe par des kasbahs isolées. Le tronçon entre Telouet et Anmiter est souvent désert, même en haute saison.

Ces vallées se méritent : piste dégradée, absence de réseau mobile, ravitaillement limité. On recommande un véhicule à bonne garde au sol et de l’eau en quantité. Les retours varient sur l’état des pistes selon la saison, notamment après les crues d’automne.

Telouet, la kasbah oubliée du Glaoui

La kasbah de Telouet, ancien fief du Glaoui (le puissant pacha de Marrakech au début du XXe siècle), reste l’un des sites les plus sous-estimés du sud marocain. Plafonds en zelliges, stucs sculptés, salons immenses ouverts au vent : l’endroit est à moitié en ruine mais conserve un faste visible.

L’accès se fait depuis la N9 par une route secondaire. La visite est rapide, une heure suffit, mais l’atmosphère du lieu justifie le détour. Telouet n’a ni billetterie officielle ni horaires fixes : on entre par une porte latérale, un gardien local fait la visite contre une participation libre.

Cour intérieure d'un ksar abandonné près de Zagora, avec une porte bleue délavée et des frises géométriques amazighes sculptées dans l'argile

Paysage désertique au-delà de Zagora : le passage vers l’erg

Passé Zagora, la vallée du Drâa s’assèche progressivement. Le paysage bascule vers le reg, ces étendues de cailloux noirs et plats, puis vers les premières dunes de sable. Le panneau mythique « Tombouctou 52 jours » marque la sortie de la ville, souvenir des caravanes transsahariennes qui reliaient autrefois le Drâa à l’Afrique subsaharienne.

L’erg Chigaga, accessible depuis M’Hamid El Ghizlane par une piste d’une cinquantaine de kilomètres, reste nettement moins fréquenté que l’erg Chebbi (côté Merzouga). On y arrive en 4×4 ou en dromadaire. Les camps y sont plus dispersés, et le silence du désert y est encore réellement préservé.

Entre Zagora et M’Hamid, le village de Tagounite fait office de dernière étape avant le sable. La route traverse des hameaux de terre battue, des palmeraies clairsemées et des zones où le vent recouvre régulièrement le goudron.

Hébergement dans le sud marocain : kasbahs réhabilitées et cadre légal

Dormir dans une kasbah rénovée fait partie de l’expérience du sud. Les options vont du simple gîte villageois à des maisons d’hôtes soignées, souvent tenues par des familles locales ou des étrangers installés.

La loi 80-14 relative aux établissements touristiques encadre désormais ces hébergements, y compris les locations de courte durée. En pratique, cela signifie que les maisons d’hôtes du sud sont censées respecter des normes de sécurité et de déclaration. Vérifier que l’établissement est déclaré reste un bon réflexe, surtout dans les zones reculées où l’offre informelle est courante.

  • La Kasbah Oulad Othmane, entre Zagora et Agdz, propose des chambres dans une structure en pisé authentique avec vue sur la palmeraie.
  • À Skoura, plusieurs kasbahs restaurées bordent la palmeraie aux mille kasbahs, un nom qui n’a rien d’exagéré vu la densité de bâtisses dans la zone.
  • Côté budget, les gîtes villageois dans la vallée de l’Ounila ou autour de Tamnougalt offrent un hébergement basique mais une immersion réelle dans le quotidien berbère.

Le sud du Maroc ne se visite pas comme Marrakech ou Essaouira. On y roule longtemps, on dort dans des endroits sans enseigne, on découvre des paysages qui changent chaque saison sous l’effet de l’érosion et du climat. C’est précisément ce qui rend ces vallées et ces kasbahs oubliées si marquantes : elles ne seront pas les mêmes dans dix ans.