Salaire minimum en Norvège : à combien s’élève la rémunération ?

Les 27 et 28 février, j’ai participé à un séminaire organisé par le European Youth Forum, où des emplois de qualité pour les jeunes ont été discutés. Le sujet était intéressant parce que le chômage des jeunes est souvent évoqué et il souligne qu’il est important que les jeunes trouvent un emploi. En fait, on pourrait également parler d’emplois de qualité.

Le séminaire rassemblait des participants venus de divers États membres de l’Union européenne. Beaucoup représentaient des pays où le chômage des jeunes atteint des sommets : Portugal, Italie, Estonie, Slovénie, Irlande, Belgique, Finlande et Roumanie. Le choix des invités reflétait clairement cette réalité. On aurait pu imaginer la présence de la Grèce, de l’Autriche ou de l’Allemagne, où la situation est bien différente, mais ces pays n’étaient pas à la table. Même constat pour la Suède, le Danemark et la Norvège, absents eux aussi.

Le chômage des jeunes vu de près

Quelques données frappantes sont sorties des discussions. À l’heure actuelle, près de 5,7 millions de jeunes sont sans emploi dans l’Union européenne. Cela représente 23,4 % des 15-24 ans. Pour l’ensemble de la population, ce taux tombe à 11,7 %. Dans certains États, comme la Grèce (57,6 %) et l’Espagne (55,6 %), près de la moitié des jeunes n’ont pas accès au marché du travail. L’Allemagne (8 %), l’Autriche (8,5 %) et les Pays-Bas (10 %) affichent des taux bien plus bas. En Estonie, selon les chiffres de 2012, le chômage des jeunes touchait 20,9 % de cette tranche d’âge.

Ce fléau a un coût énorme : près de 153 milliards d’euros partent chaque année en aides sociales à travers l’UE. Mais le préjudice va au-delà des chiffres. Rester longtemps sans emploi laisse des cicatrices durables. L’Estonie, par exemple, perd environ 1,3 % de son PIB chaque année à cause du chômage des jeunes. Les plus exposés ? Ceux qui quittent l’école avec peu de qualifications, ou sans compétences reconnues. Autre constat : cette crise touche aujourd’hui davantage les hommes, alors qu’historiquement, les femmes étaient plus souvent concernées.

L’UE promet de s’attaquer sérieusement à ce problème. La garantie pour la jeunesse a déjà mobilisé 6 milliards d’euros, mais le financement reste largement insuffisant selon l’Organisation internationale du travail, qui estime les besoins à 21 milliards.

Il serait réducteur de s’arrêter à la catégorie des jeunes chômeurs. Les jeunes NEET (ni en emploi, ni en formation, ni à l’école) représentent un défi supplémentaire. On compte environ 14 millions de NEET âgés de 15 à 29 ans en Europe. Leur profil revient souvent : niveau d’études faible, origine immigrée ou situation familiale fragile, jeunes hommes surtout. Si vous êtes jeune, homme, issu de l’immigration et sans diplôme post-collège, la probabilité d’intégrer ce groupe grimpe en flèche.

Le coût est aussi humain. Passer de longues périodes sans emploi se paie cher plus tard : à 42 ans, un ex-NEET gagne en moyenne 12 à 15 % de moins que ses pairs. L’engagement dans la vie publique chute également, le stress s’installe. L’exclusion se creuse.

Ce qui fait un travail de qualité

Un emploi digne de ce nom, ça ne tient pas qu’au salaire ou à la sécurité. Eurofund a identifié plusieurs critères : niveau de revenu, stabilité du poste, perspectives à long terme, conditions de travail, équilibre vie pro/vie perso, valorisation des compétences, possibilités d’évolution.

D’après une enquête menée par Eurofund, un emploi sur cinq est jugé de mauvaise qualité. Les personnes qui y travaillent voient leur santé se dégrader, perdent motivation et sens. En Estonie, on frôle même un quart d’emplois jugés « sordides ».

Pendant nos travaux, une idée s’est imposée : un bon emploi, c’est aussi celui qui permet de gagner son indépendance, et où la rémunération ne fait pas de différence entre femmes et hommes, jeunes et moins jeunes.

Autre point soulevé : si un jeune ne trouve pas de poste dans le secteur pour lequel il s’est formé, mais décroche un travail correspondant à son niveau d’études, c’est déjà une victoire. L’inverse, en revanche, représente un gâchis pour lui comme pour la société.

Le salaire minimum, un repère fragile

Durant les années de crise, le salaire minimum n’a presque pas bougé dans plusieurs pays. D’après le Forum Jeunesse, il reste déterminant pour les jeunes, qui occupent souvent des postes à temps partiel ou temporaires, souvent payés au minimum légal.

Dans l’Union européenne, sept pays n’affichent pas de salaire minimum national. Néanmoins, des accords régionaux ou sectoriels fixent des seuils dans ces États. Les écarts restent impressionnants selon le pays : de 157 euros en Roumanie à 1874 euros au Luxembourg (un montant qui dépasse même la moyenne salariale estonienne).

En Estonie, le salaire minimum s’élève à 320 euros. Mais d’autres pays introduisent des nuances : en Roumanie, par exemple, le salaire minimum progresse avec le niveau d’études, et le plancher le plus bas reste à 157 euros.

La situation se complique ailleurs. Au Royaume-Uni comme en Grèce, le salaire minimum varie selon l’âge. Les jeunes y touchent donc moins que les adultes. En 2012, la Grèce a vu son salaire minimum global baisser de 22 %, mais la chute atteint 32 % pour les jeunes. Lors des débats, ce système a été unanimement rejeté comme discriminatoire. La justification avancée ? Les employeurs seraient plus enclins à embaucher des jeunes. Mais, vu l’ampleur du chômage des jeunes en Grèce, l’argument ne tient pas la route.

En somme, il est illusoire d’imposer un salaire minimum unique en Europe aujourd’hui. En revanche, il faudrait harmoniser les critères de fixation et garantir qu’un minimum légal assure des conditions de vie décentes partout.

Emplois temporaires : la précarité en héritage

Au-delà du chômage, la multiplication des contrats temporaires inquiète le Forum Jeunesse. Près de 42 % des jeunes (même si la tranche d’âge exacte n’a pas été précisée) travaillent sous contrat temporaire. Autrement dit, un jeune sur cinq craint de perdre son poste du jour au lendemain. Depuis la crise, le temps partiel a aussi progressé, surtout chez les femmes.

Pour mieux comprendre les disparités, voici quelques exemples concrets :

  • En Slovénie, en Pologne et en Espagne, plus de 60 % des jeunes occupent des emplois temporaires.
  • En Roumanie, Bulgarie et Lituanie, ce taux tombe à 10 %.

Cette instabilité a des conséquences. Impossible de planifier son avenir quand on dépend d’un contrat à durée déterminée. Et dans bien des pays, la précarité prive d’accès à des garanties sociales robustes.

Notre groupe a reconnu que le travail temporaire peut parfois être un choix judicieux, notamment pour les étudiants qui veulent travailler pendant l’été, ou pour des missions ponctuelles comme la gestion de projet. Mais il doit rester une option, pas une fatalité. Certains apprécient enchaîner les projets, mais quand le temporaire devient la seule perspective, la vie se complique.

Un autre souci a été mis en avant : ceux qui enchaînent les contrats courts passent souvent à côté de la protection syndicale. Difficile de compter sur un syndicat quand on ne reste que quelques mois dans une entreprise. Ce problème est moins aigu en Estonie, où la représentation syndicale demeure faible.

Des pistes ont été évoquées pour améliorer les choses. Par exemple, des allégements fiscaux pourraient inciter les employeurs à proposer des contrats plus durables aux jeunes.

La Slovénie a lancé un programme ciblé : 3000 jeunes ont été embauchés pour un an et demi, l’employeur recevant une prime de 8000 euros par contrat signé. L’opération a été victime de son succès : en moins d’une semaine, tous les postes étaient pourvus. Reste à savoir combien de ces jeunes seront encore en poste après un an et demi. J’attends d’en savoir plus auprès d’un responsable associatif slovène pour évaluer les résultats sur le long terme.

Et après ?

L’objectif de ce séminaire était de nourrir un document de référence sur les emplois de qualité, qui servira de base à l’action du Forum européen de la jeunesse. J’ai ressenti le besoin de recentrer les discussions pour dégager des solutions concrètes, afin d’aider rapidement les jeunes, et notamment les chômeurs de longue durée, à retrouver une place sur le marché du travail. Il faudra aussi pousser la réflexion pour garantir à chacun un emploi qui ait du sens et des perspectives.

Les premières versions de ce document sont attendues pour mai, et il sera passionnant de suivre leur évolution.

De nombreuses interrogations subsistent. Qu’est-ce qui freine l’esprit d’entreprise ? Pourquoi l’innovation peine-t-elle à séduire les jeunes ? Les systèmes scolaires européens répondent-ils à la réalité du marché ? Et surtout, nos jeunes sont-ils trop qualifiés, ou mal orientés, ce qui les empêche de trouver leur voie ?

Ce séminaire m’a permis de prendre la mesure du défi, mais aussi de constater combien les questions restent ouvertes et complexes. Des sujets entiers, comme la santé au travail, mériteraient qu’on s’y attarde plus en profondeur. Pour l’instant, le chantier reste immense et l’avenir incertain. Mais entre espoirs, doutes et envies d’agir, une évidence s’impose : la jeunesse européenne n’a pas dit son dernier mot.

Jupe Karl
Responsable des affaires économiques pour les jeunes sociaux