À qui appartient aujourd’hui le cartel le plus puissant du Mexique ?

Pas besoin d’un scénario hollywoodien pour saisir la réalité mexicaine : les cartels ne sont pas des ombres lointaines, ils imprègnent le tissu quotidien du pays, de ses plages éclatantes jusqu’à ses montagnes les plus reculées. Loin des clichés de carte postale, le Mexique héberge des organisations criminelles à la puissance démesurée. Pour profiter d’un séjour sans heurts, mieux vaut savoir éviter certains points chauds… et surtout, comprendre qui tient aujourd’hui le haut du pavé. Voici un tour d’horizon, actualisé, des cartels les plus influents du pays et du visage qui domine aujourd’hui ce paysage trouble.

Cartel de Guadalajara

Dans les années 1980, le cartel de Guadalajara s’impose sans partage. À sa tête, Miguel Ángel Félix Gallardo, que l’on surnomme alors le chef des chefs. Ce surnom, respecté et redouté dans tout le milieu, résonne encore dans les mémoires criminelles. Les activités du groupe ? Un trafic massif de marijuana et de cocaïne, aussi bien à l’échelle nationale qu’à destination des États-Unis.

La longévité exceptionnelle de ce cartel doit beaucoup à une protection haut placée : des complicités au sein même de la Direction Fédérale de la Sécurité (DFS) du Mexique. Mais cette immunité ne tenait qu’à un fil, suspendu à la corruption de nombreux fonctionnaires. Autour de Guadalajara, les récits sordides abondent : assassinats, enlèvements, règlements de comptes, disparitions violentes. Certaines victimes n’ont même jamais revu la lumière du jour.

La chute ? Elle survient brutalement après l’assassinat de l’agent de la DEA Enrique Camarena. Ce meurtre met fin à l’impunité, provoque le démantèlement de l’organisation et la naissance de plusieurs nouveaux groupes criminels. Parmi eux, le cartel de Juárez prendra la relève sur certains territoires.

Cartel de Juárez

Le cartel de Juárez n’a pas usurpé sa réputation. Sous la direction d’Amado Carrillo Fuentes, surnommé le Seigneur du Ciel, il s’impose comme une véritable multinationale du crime. Un fait marquant : il fut le premier cartel à posséder sa propre banque, facilitant le blanchiment de fonds colossaux issus du trafic de drogue. Sa force de frappe repose aussi sur une armée paramilitaire, composée à la fois de policiers en fonction et d’anciens agents. Difficile de faire mieux en matière de protection rapprochée.

La police ? L’armée ? Le cartel de Juárez savait s’attacher les bonnes alliances. Un général mexicain, chargé officiellement de lutter contre la drogue, a longtemps fermé les yeux sur leurs activités. Et pour asseoir sa domination, l’organisation n’hésitait pas à exposer publiquement les corps de ses victimes, marquant l’espace public d’un avertissement glaçant : ici, la terreur n’est jamais loin.

Après la mort d’Amado Carrillo Fuentes, le cartel plonge dans une guerre interne qui va redessiner la carte du narcotrafic mexicain. Deux groupes rivaux s’affrontent alors pour le contrôle du territoire.

Le cartel de Sinaloa

Le cartel de Sinaloa voit le jour sur les cendres de Guadalajara. Près de la moitié des anciens membres s’y retrouvent, formant une structure tentaculaire qui ne se contente plus du Mexique. Aujourd’hui, sa présence s’étend jusqu’en Europe et en Amérique du Sud, ce qui en fait l’un des groupes criminels les plus puissants au monde. À sa tête : le célèbre « El Chapo ».

Sorti vainqueur d’une guerre sanglante contre Juárez, le cartel de Sinaloa s’impose comme numéro un. Son mode de fonctionnement ? S’appuyer sur une multitude de gangs pour renforcer son emprise. Si l’on additionne ses effectifs à ceux du cartel du Golfe, on atteint facilement les 100 000 hommes armés. Cette force brute explique pourquoi le Sinaloa reste une machine difficile à enrayer.

Mais la violence ne s’arrête pas à ses rivaux. Les livreurs en retard ou négligents n’échappent pas à la sanction : tortures, exécutions, disparitions. Ce climat de peur alimente la légende noire du groupe et décourage toute trahison. Trente-deux ans après sa création, le cartel de Sinaloa demeure une référence en matière de pouvoir souterrain.

Le cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG)

Depuis 2018 et sa fusion avec le cartel de Tijuana, le CJNG s’est hissé au sommet. Non seulement il domine le marché, mais il s’est aussi taillé une réputation de violence extrême. Il figure désormais parmi les cinq cartels les plus redoutés et actifs à l’échelle internationale. Près de deux tiers du trafic de drogue vers les États-Unis transitent aujourd’hui par ses réseaux, alors qu’il n’a vu le jour qu’en 2009.

Le CJNG s’est distingué par une brutalité ouverte : résistance féroce face à l’armée et à la police, exécutions publiques, massacres, victimes innombrables. Des dizaines de policiers et des milliers de civils ont payé le prix fort dans ce bras de fer sans merci, sans parler des juges ou des militaires. À ce jour, une prime de 10 millions de dollars pèse sur la tête de Nemesio Oseguera Cervantes, « El Mencho », le chef de file du groupe. Un pactole qui ne cesse d’attirer les convoitises, mais que peu osent réellement défier.

Même si la liste des cartels mexicains s’allonge, le CJNG incarne aujourd’hui la force dominante du pays, laissant dans son sillage un parfum de peur et d’impunité. Tant que ces organisations continueront de s’adapter et de s’étendre, la question de leur emprise restera brûlante, à la frontière du quotidien et de l’indicible.