Terre Sainte, la région du Moyen-Orient où Jésus-Christ, Israël moderne et Palestine ont vécu et opéré
Croisade, la guerre du christianisme occidental contre le Christ et les ennemis de son église.
Les croisades, menées entre 1096 et 1291, sont nées d’un appel de l’Église catholique à défendre et étendre le christianisme en dehors de son socle traditionnel. Dès le XIe siècle, le pape romain a légitimé ces expéditions armées, les érigeant en guerres « justes » pour défendre ou diffuser la foi chrétienne. L’enjeu dépassait largement la simple conquête territoriale : il s’agissait d’imposer une vision du monde, validée et sanctifiée depuis Rome.
Pourquoi tant d’hommes se sont-ils rués vers l’Orient, croix en main et épée au poing ? Plusieurs dynamiques, parfois contradictoires, s’entrecroisent :
- Le rêve de reprendre la Terre Sainte et le tombeau du Christ, tenus par les musulmans depuis la conquête arabe de 638, anime les premiers croisés. Jérusalem et la Palestine deviennent symboles d’un christianisme à réaffirmer.
- Le désir du pape romain de convertir les musulmans et d’étendre son influence religieuse.
- La croyance que la rédemption s’acquiert dans l’action : combattre les « infidèles » promet le salut éternel, la violence devenant acte de piété sous l’œil bienveillant du pontife.
- L’Europe, en pleine croissance démographique et frappée par la faim de terres, voit dans la croisade une porte d’émigration pour ses cadets sans héritage.
- Des rumeurs circulent sur les richesses fabuleuses de l’Orient, attisant la convoitise des élites et des aventuriers.
- Les seigneurs féodaux cherchent à s’enrichir par la guerre, tandis que la noblesse guerrière trouve là un terrain à la mesure de son ambition.
- Les grandes cités marchandes italiennes, Venise et Gênes en tête, flairent l’occasion de contrôler le commerce oriental et soutiennent activement les expéditions.
Si la libération de la Terre Sainte est affichée comme objectif, la réalité est plus complexe. Les croisades, à mesure que l’équilibre bascule en faveur des musulmans, s’attaquent aussi à d’autres chrétiens. Ce qui les distingue des conflits habituels : la bénédiction papale et la promesse d’indulgence, autrement dit l’oubli des péchés pour qui prend les armes sous la croix.
En mars 1146, le pape Eugène III bénit le roi Louis VII et la IIe croisade, scène immortalisée par Jean-Baptiste Mauza :
La même logique s’applique à l’Espagne du XIe et XIIe siècles, où les guerres contre les musulmans sont également parées du prestige de la croisade, tout comme en France méridionale contre les cathares ou dans les pays baltes face aux populations locales.
Déjà au Ve siècle, Augustin s’interrogeait sur la notion de « guerre juste ». Les papes, eux, recrutent les chevaliers et leur promettent le pardon pour servir les desseins de l’Église. Les trublions, qui menaçaient l’ordre en Europe, trouvent là un exutoire pour leurs pulsions guerrières, canalisées sous l’étendard du Christ.
La première croisade se déploie entre 1096 et 1099. Paysans français, nobles allemands, aventuriers, musulmans et Turcs seldjoukides s’affrontent. Les Seldjoukides, venus d’Asie centrale, ont pris la Terre sainte aux Arabes, interdisant les pèlerinages chrétiens. L’empereur byzantin, désemparé, en appelle à l’Occident.
En 1095, à Clermont, le pape Urbain II répond à la supplique d’Alexis Ier, empereur byzantin, et lance l’appel à la croisade.
Portrait d’Urbain II :
La mission : repousser les musulmans hors de Jérusalem et libérer les chrétiens d’Orient. La ferveur gagne l’Europe, les prédicateurs sillonnent les campagnes, et une foule bigarrée de chevaliers et de paysans rejoint l’expédition.
Voici les grandes routes empruntées lors de la première croisade :
En 1099, après six semaines de siège, Jérusalem tombe. Un royaume chrétien y voit le jour, bientôt rejoint par d’autres États croisés.
La prise de Jérusalem :
Les croisés établissent le royaume de Jérusalem, la principauté d’Antioche, le comté d’Édesse et Tripoli. Les chrétiens, désormais au pouvoir, dominent juifs, musulmans et chrétiens d’autres obédiences. Rapidement, la soif de profits économiques et politiques prend le pas sur la ferveur religieuse. Les riches ports italiens de Gênes, Venise et Pise s’imposent dans le commerce. Si les croisades attisent les haines entre peuples et religions, elles favorisent aussi des échanges culturels inattendus.
Le IIe concile de Jérusalem :
Les puissances occidentales poursuivent leurs expéditions militaires en Orient. Les historiens distinguent généralement sept à neuf croisades principales. Participer à une croisade devient un enjeu d’honneur pour les rois et la chevalerie, mais l’aventure se révèle ruineuse. En 1187, Jérusalem tombe aux mains de Saladin.
Les itinéraires de la seconde croisade :
Face à la perte de Jérusalem, trois souverains majeurs se lancent dans la troisième croisade : l’empereur Frédéric Barberousse, Richard Cœur de Lion d’Angleterre, et Philippe II Auguste de France.
Portrait de Frédéric Barberousse, puis de Richard Cœur de Lion :
Portrait de Philippe II Auguste :
La troisième croisade (1189-1192) vise à reprendre la Terre Sainte à Saladin, le redouté dirigeant musulman.
Itinéraires de la troisième croisade :
Si les premiers assauts sont victorieux, les dissensions minent rapidement le camp chrétien. Léopold V d’Autriche et Philippe II quittent la Terre Sainte en 1191, lassés des rivalités. Richard, resté sur place, conclut finalement la paix avec Saladin : Jérusalem demeure musulmane, mais les pèlerins chrétiens sont libres d’entrer. Un compromis qui maintient la connexion avec l’Occident, mais entérine l’échec de la reconquête.
Ce revers prépare l’éclatement d’une quatrième croisade. En 1201-1202, les croisés se rassemblent à Venise. Mais, détournés de leur but initial, ils attaquent Zara sous la pression vénitienne, puis, emportés par la soif de conquête, s’emparent de Constantinople. Le sac de la ville est d’une violence extrême, marquant la fin de l’Empire byzantin comme grande puissance.
La prise de Constantinople :
Peu à peu, sous la pression militaire musulmane, les positions des croisés s’effritent. En 1291, la dernière cité chrétienne, Saint-Jean-d’Acre, tombe à son tour. Pourtant, l’élan ne s’arrête pas net : au XVe et XVIe siècles, l’idée de croisade ressurgit dans les Balkans face aux Turcs et lors des luttes contre les Hussites en Bohême.
Bilan des Croisades :
Sur le plan militaire, seule la première croisade offre une véritable victoire européenne : la prise de Jérusalem en 1099.
- Des États croisés émergent en Orient : royaume de Jérusalem, comté d’Édesse, principauté d’Antioche, comté de Tripoli et, plus tard, royaume de Chypre.
Mais les revers s’accumulent. Dès le XIIe siècle, les musulmans reprennent l’initiative. En 1187, Salah al-Din (Saladin) reconquiert Jérusalem. Les croisades suivantes échouent à rétablir la domination chrétienne. Le sac de Constantinople lors de la quatrième croisade ternit durablement l’image de la chrétienté. En 1291, la prise d’Acre signe la fin de la présence croisée en Palestine.
Les conséquences ne se limitent pas au champ de bataille. Les guerres féodales s’apaisent temporairement en Europe, tandis que les cités italiennes bâtissent leur prospérité sur le commerce méditerranéen. Des échanges inattendus irriguent l’Europe : armes à feu, boussoles, moulins à vent, nouveaux végétaux comme le riz ou la betterave sucrière. Les tapis, miroirs et meubles orientaux s’invitent dans les intérieurs, la mode se colore d’influences exotiques, la soif d’apprendre s’accroît. Mais la religiosité exacerbée entraîne aussi une montée de l’intolérance, dirigée contre les musulmans, les juifs et tous ceux jugés hérétiques.
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Guerres, guerriers et armes au Moyen Âge













