Le soleil est timide ce matin, mais la journée s'annonce prometteuse. Je décide de louer un vélo afin de faire le tour de l'île : 60 km a boucler dans la journée. Avec les arrêts photo c'est ambitieux mais comme je prend le vélo pour 24h00, je peux me permettre de rentrer tard si besoin. La location coûte 1 400 CFP.
A peine ai-je le vélo en main que la pluie se met a tomber. Génial ... Ca ne dure que quelques minutes et je me mets en selle en partant vers le Nord pour voir la Baie d'Opunohu ou le Capitaine Cook, un des plus grand explorateur, mouilla lors de découverte de l'île. Juste à coté se trouve la Baie de Cook (une petite erreur historique ...). Ces 2 baies qui s'enfonce profondément dans l'île triangulaire lui donne un forme de trident, symbole de Moorea.
La route asphaltée est de bonne qualité. Elle longe la côte où se trouvent quelques un des plus beaux complexes hôteliers de luxe, le genre bungalow tout confort sur pilotis au dessus du lagon à l'eau turquoise, auquel on accède pas une longue passerelle en bois. L'image de rêve que l'on a tous en tête lorsque l'on parle de la Polynésie.
Juste en face, les maisons polynésiennes traditionnelles font leur retour, avec leur petit jardin ou s'entasse généralement un bordel de vieilleries (tondeuses a gazon, voiture a moitié démontée, pirogue, filet de pêche, ...). Je m'incruste sur un terrain en bordure de l'eau où des pièges à poissons et à crabes, ainsi que des filets de pêche bleus, sèches. J'y fais des photos, puis je repars.

Je croise enfin des gens qui semblent travailler a un rythme proche de ce que je connais en occident : une équipe d'ouvrier avec un camion à goudron bouche les nombreux nids de poule de la route.
J'arrive au bout d'une heure à la Baie d'Opunohu que je longe jusqu'à une route qui s'enfonce dans l'intérieur de l'île. Elle permet d'accéder a un belvédère qui doit offrir une belle vue , donc je m'y engage. Ca monte sacrément et à mi-chemin, je suis obligé de faire une longue pause à une ferme agricole ou des touristes goûtent des produits locaux. Je suis dégoulinant de sueur, de la tête au pied, et les gens me regarde un peu bizarrement, du genre "c'est qui ce fou qui n'a pas de voiture ?" Je repars en poussant mon vélo car je n'ai plus de force, la montée est trop raide.
Le vue depuis le belvédère est belle, malgré l'absence du soleil, et permet d'embrasser d'un coup d'oeil les 2 baies séparées par un énorme piton rocheux typique de la topographie locale. J'imagine la beauté des couleurs dans le lagon, et de la végétation, si la lumière était meilleure. Il y a beaucoup de touristes donc je ne m'attarde pas, et je descend à pleine vitesse pour sécher ma peau.

Je fais un arrêt au Marae Titiroa, un ensemble de ruines en bordure de la forêt qui date de 900 an après J-C. Les Maraes sont les lieux d'habitation des premiers indigènes de Polynésie, et sont souvent des endroits religieux. Dans celui là, se trouve une plate-forme de tir a l'arc, des fondations de maisons en pierre, quelques lieux de culte. L'ensemble a été nettoyé mais l'humidité ambiante a vite fait de recouvrir les pierres d'une mousse verdâtre, et les longues racines d'arbres qui s'enchevêtrent tout autour donnent à l'endroit un certain charme, mystique.

Je continue et bifurque vers la Baie de Cook par un chemin de terre mal entretenu qui me mène dans une vallée verdoyante. Les collines sont recouvertes de plantation d'ananas. C'est la première fois que j'en vois pousser. Je croyais que c'était comme les noix de coco, mais en fait, ça sort du sol comme les artichauts.

J'hésite a en prendre un pour le dessert mais je ne le fais pas. Les haies de fleurs tropicales rouges, oranges, jaunes, mauves, blanches, se succèdent tout le long du chemin qui fini par déboucher sur le village de Paopao, au bout de la Baie de Cook.
Je demande l'heure et il est déjà midi donc je profite de la présence d'un petit supermarché pour aller acheter des aliments et je me remets en selle pour trouver un endroit agréable ou pique-niquer. Je veux un gazon moelleux en face de la mer, et je le trouve au bout de 20 minutes, après avoir pédalé contre le vent qui se lève. Le ciel est toujours chargé de nuages menaçants, je suis étonné qu'une sauce ne me soit pas encore tombée sur la tête. Ma bande de gazon est sut un terrain privé mais il n'y a aucun panneau qui profère des menaces donc je m'installe et me rempli l'estomac d'un sandwich au thon/tomate.
Je me repose ici une demi-heure et je repars requinqué. Je dépasse le village de Maharepa dont l'unique intérêt réside dans une belle maison coloniale toute blanche reconvertie en magasin de paréos. L'ensemble constitue un bel exemple de demeure de plantation de vanille du début du siècle.

J'arrive enfin à la pointe opposée de l'île où se trouve l'aéroport de Mooréa. Fini le charme de la côte Nord : ici, le défrichage en cours va bientôt laisser place à d'horrible complexes hoteliers. La route monte un peu et offre dans un tournant un superbe panorama de la côte et du lagon. D'autres bungalows sur pilotis d'un nouvel hôtel en construction se détachent sur l'eau cristalline.

A 14h00, je passe le port du ferry où je suis arrivé il y a quelques jours, puis je me dirige vers le camping qui est encore a 2 heures d'ici je pense. Je commence a en avoir marre de pédaler et un peu mal aux fesses aussi... A mi-chemin, une pluie légère se commence a tomber, mais je ne m'arrête pas. Ca me rafraîchît. quelques minutes plus tard, ce sont des trombes d'eau qui me fouettent le visage, donc je m'abrite sous un épais feuillage au bord de la route en attendant que ça faiblisse. J'enveloppe mon sac à dos dans un sac poubelle et c'est reparti.
Depuis hier, je pense sérieusement à me tirer du camping chez Nelson tellement l'ambiance est nulle. J'ai eu d'autres adresses de logement, dont l'une se trouve sur mon chemin : Mark's Place. L'endroit est tranquille, et bien plus confortable (2000 CPF en dortoir) que le Camping Nelson. Je peux louer un cayak, un vélo ou un surf pour 1000 CFP/jour. Dommage que ça soit a 500 mètres de l'eau.
Je m'arrête encore un peu plus loin pour prendre en photo une église. J'hallucine sur le nombre de "courants religieux" qui existent ici. Eglise Adventiste du 7ème jour, Eglise Baptiste du 5ème jour, Eglise Progressiste des Saints Jours, Témoins de Jeovah bien sûr, Mormons ... La Polynésie semble être un terrain fertile pour les sectes.



J'arrive au Tiki Village, un regroupement de commerçants traditionnels (culture de perles noires, tressages, tissage de paréos, peinture, sculpture ...) autours d'un théâtre où a lieu des danses polynésiennes. Roxanne m'a vivement conseillé d'y aller, donc même si c'est cher, je prend un billet (3900 CFP - transfert en navette inclus) pour le spectacle de ce soir. Je vais jeter un oeil aux alentours et je tombe sur une cérémonie de mariage à la polynésienne. C'est un couple de touristes qui renouvelle son engagement au cours d'une reconstitution locale très prisés des amoureux en Lune de Miel. Habillés de paréos blanc et d'une couronne de fleurs, ils sont conduit vers la plage sur une barque cérémonielle par des Polynésiens tatoués de la tête aux pieds et vêtus d'un simple pagne et des brassières en feuille de palmier. Madame à l'air plus intéressée par ses rameurs que par son mari ...

Je parcours les 4 dernier km à la hâte car j'en ai vraiment marre de pédaler, et je rend le vélo a 17h00. Le loueur ne me fait payer que 1000 CFP au lieu de 1400 prévu car je suis revenu tôt. Je fonce prendre une douche, je vais dîner et j'attend la navette du Tiki Village qui doit passer me prendre à 20h30.
J'attend sur le bord de la route dans la nuit. Une première navette passe sans s'arrêter. Je commence a m'impatienter, mais la mienne arrive plus tard avec un jeune couple franco-néo-zélandais. Le Tiki Village est déjà rempli de touristes, dont beaucoup de beaufs américains accompagnés de leurs vieilles poufs vulgaires au seins et lèvres refait.
Je m'installe dans les gradins en essayant de rester proche de la scène pour prendre des photos, et le show commence. Les danses ressemblent à ce que j'ai vu à l'hôtel Méridien de Papeete, mais en mieux, surtout les gars qui jonglent avec des bâtons enflammés. Les danses des femmes sont bien aussi.



Au final, entre un spectacle gratuit au Méridien et celui-ci a 32 euros, la différence n'est pas énorme tout de même ... Mais c'est sans regret, car je peux revenir demain matin pour visiter le village et voir les ateliers d'artisanat. La navette me dépose devant mon camping à 23h00 et je vais me coucher directement.
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