Samedi 15 mai 1999
6
15
/05
/Mai
/1999
00:00
Le réveil sonne à 5h00 car nous prenons le bus pour Taza à 6h00. Taza est le point de départ vers les sites les plus intéressants du coin : le Gouffre du Friouato et des cascades dont j'ai oublié le nom. Lavage rapide du visages et des dents sur le pas de porte, et on file. Le bus diffuse sur les haut-parleurs la prière du matin pendant une demi heure. La première mission une fois à Taza sera de trouver un moyen de transport pour se rendre au Gouffre. Pas de grands taxis en circulation mais une petite camionnette qui peut nous déposer ou nous voulons et qui part dès qu'elle sera rempli. Ça peut être dans 5 minutes comme dans 2 heures. Un autre Marocain semble attendre le bus et commence à discuter avec nous. Il a des amis français qui sont venu lui rendre visite mais la manière dont il le dit me laisse penser qu'il ment. En effet, c'est un grand fantasme chez les jeunes marocains d'avoir des amis français car cela leur ouvre des portes pour disposer d'un visa vers la France, ce qui est très difficile à obtenir aujourd'hui. Les amis français sont alors censé remplir un formulaire attestant de leur connaissance du demandeur de visa et s'engagent à l'héberger pour une durée limitée. Du coup, un marocain et un français qui voyagent ensemble, ça fait des envieux. Il me demande mon adresse au bout de 5 minutes (confirmation de ce que je viens de d'écrire) mais je prétend que je n'ai pas de stylo pour ne pas la lui donner. On attend une heure que la camionnette se remplisse et au moment de partir, le jeune marocain baratine Tarik pour lui taxer 10 DH et lui demande en arabe si c'est par intérêt qu'il se prétend mon ami. La manière de raisonner de ce gars est hallucinante mais je dois aussi me dire que beaucoup de gens que j'ai rencontré et ceux qui vont suivre ont sûrement la même manière de réagir. Cela remet au goût du jour ma méfiance vis à vis de l'hospitalité des gens. Dommage.
Le minibus démarre et en chemin, nous passons devant les soit disantes superbes cascades décrites dans mon guide : pas une goutte d'eau. C'est le même genre de plan que la Source Bleu de Meskin. Par contre, la route panoramique est très jolie. Une fois en haut du col, nous débouchons sur une vallée verdoyante entourée de montagnes à l'aspect lunaire. Le minibus nous déposent à un carrefour et nous parcourrons le denier kilomètre à pieds. L'entrée de la grotte coûte 3 DH et l'achat d'une lampe pourrie 20DH. Nous sommes les premiers visiteurs de la journée et le gardien va ouvrir la porte cadenassée qui donne accès à la vertigineuse cheminée à ciel ouvert du gouffre. Les marches descendent à pic jusqu'au fond de l'aven, large de 10 mètres et haut d'environs 100 mètres. La lumière parvient à peine au fond et la température atteint à peine les 10 degrés si bien que mon souffle commence à faire de la buée. La vraie entrée du gouffre est un boyaux dans lequel je peux à peine me glisser. Tarik, qui est plus grand que moi, risque de ne pas passer du tout. J'hésite à y aller car la descente dans l'obscurité à l'air difficile et nous ne somme vraiment pas équipé pour ça. La lampe est tellement pourrie que je ne préfère pas trop compter dessus. On a aussi des bougies. Mais, d'un autre coté, je ne suis pas venu ici pour rien alors je m'infiltre dans le boyaux, peu rassuré. Il faut se plaquer à la paroi pour passer à certains endroits. 10 mètres plus bas, nous débouchons sur une grande salle (la salle de Lixus) mais nous ne voyons rien à cause de la faible portée de la lampe. Nous continuons à nous enfoncer jusqu'à un haut monticule de rochers éboulés et glissants à cause de l'humidité et qui est trop raide pour que nous passions. Nous progressons depuis 1 heure dans la grotte et aller plus loin serai de toute façon de l'inconscience. Nous prenons quelques photos et rebroussons chemin. C'est moins évident dans ce sens car il y a des bifurcations et il faut prendre la bonne direction du premier coup. Après quelques tâtonnements, nous retrouvons les premières marches puis la lumière du jour avec un soulagement. D'autres gens sont arrivé entre-temps et crient à tue-tête pour jouet avec l'écho. Dès la sortie du boyau, l'air se réchauffe et nous sentons la température augmenter en temps réel au fur et à mesure que nous gravissons les marches vers la sortie. Sensation étrange et agréable. Il est 11h20 et une navette doit passer vers midi alors on se place à l'embranchement pour manger tout en surveillant la route. Quelques véhicules passent mais ils sont déjà plein. Pas de trace de la navette mais finalement, un Grand Taxi nous prend vers 12h30. Je suis très fatigué et dès que je ferme les yeux, ma tête tombe.
Un fois à Taza, Tarik veut aller à la Médina car sa grand-mère y habite. Je discute avec son oncle qui est enseignant dans une classe à 4 niveaux. C'est une galère pas croyable à gérer mais comme il n'y a pas assez d'effectif pour composer 4 classes, il n'a pas le choix. Nous parlons ensuite de la télévision marocaine car ici aussi, il y a une parabole. Au Maroc, c'est un équipement de base (900DH) car comme les femmes ne font rien ainsi que les jeunes enfants, ils regardent la télévision toute la journée. Tarik et son oncle sont scandalisés par les « chaînes de sexe » estimant que c'est dangereux pour les enfants mais aussi pour les adolescents. Il me montre quelques secondes ou je vois juste de superbes femmes en maillot de bains se balader au bord d'une piscine. Il leur en faut peu ! Ici, c'est de la dépravation, le pire tabou de l'Islam. Etant donné la condition de la femme musulmane et la polygamie, ces réactions hostiles sur le sujet ressemblent à une énorme bulle d'hypocrisie. Nous repartons dans la médina et j'essaye de comprendre l'attitude des musulmans face au sexe mais les justifications de Tarik ne font que m'énerver encore plus. Lui qui veut visiter la France, il va avoir un choc à la première pub pour du gel douche, sans parler des putes et des sex-shops à Saint-Denis et Pigalle. Devant un telle divergence d'opinion, je zappe le sujet.
J'apprend qu'il y a ici un souk de contrebande ou il est possible d'acheter des Nike et des Levi's pour presque rien. Je demande à Tarik de m'y emmener car je n'ai plus de jeans. Effectivement, c'est pas cher mais ça ressemble plus à de la contrefaçon qu'a de la contrebande. Je trouve un Levi's à 150 DH que Tarik négocie à 120 DH. 300 francs d'économie par rapport au prix français ! Il y a plein d'autres choses intéressantes mais si je reste plus longtemps, je risque de craquer pour des choses inutiles. Une fois à la gare, il faut attendre le bus 1 heure et les Grand Taxis ne se remplissent pas. Nous prenons un autre bus qui me semble louche : il est rempli de jeunes habillés en Adidas et Nike de la tête aux pieds et avec des sacs partout. Pas mal pour des adolescents dans un pays "pauvre" ... Un barrage policier nous stoppe. Les soutes sont ouvertes mais on repart aux bout de 2 minutes. Je demande à Tarik ce qui se passe : nous sommes dans un bus de contrebandiers et les policiers qui le savent prennent un bakchich à chaque barrage pour nous laisser continuer. La police est corrompue jusqu'à l'os car ils ont un salaire de misère.
Arrivé à Taha, nous prenons nos affaires de toilette pour aller aux douches communes car le hammam est fermé. Je fait la morale à Tarik sur les gens qui se battent pour avoir ce qu'ils veulent car il se plaint sans cesse qu'il n'y arrivera pas, que j'ai de la chance d'être né en France (je l'ai fait exprès peut-être ?) et bla bla bla. J'essaye de le motiver à fond mais pour un marocain, le succès est quelque chose de très relatif. Pour lui, le succès et la richesse passent par la France. Après le repas de lentille, je lui refais son curriculum vitae pour qu'il soit un peu plus dynamique et je continue à l'encourager. Je ne peut rien faire deplus pour lui pour le moment. J?ai passé une bonne journée, assez étrange.
je réside depuis 12 ans au Maroc et sur mon passage j'entends toujours 'voilà les papiers" sans parler d'autres commentaires...
cela dit les marocains sont très chaleureux et le pays magnifique, c bien pour cela que j'y vis !