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Jeudi 28 janvier 1999 4 28 /01 /Jan /1999 00:00
Je me suis levé tôt (7h00) afin d'être certain d'avoir une mobilette à louer mais quand je me pointe devant le loueur, ce n'est pas encore ouvert. Ni la banque, ni les restaurants, ni les magasins d'ailleurs. Apparemment le rythme de vie est beaucoup plus cool ici qu'à Ahmedabad ou Bombay. C'est la tranquillité absolue jusqu'à 9h30. La location d'une mobilette pour 24 heures coûte 100 rps. A ce prix là, j'aurais tort de me priver ! Je prend la plus simple possible car la dernière fois que je suis monté sur un engin comme ça date d'au moins 7 ans.

Je fais quelques tours devant le magasin et prend la direction du fort de Diu ou l'éclairage matinal est idéal pour prendre des photos. Effectivement, c'est magnifique. Le fort a été construit a la pointe de l'île sur une petite falaise. L'énorme muraille plonge jusque dans la mer qui, au fur et à mesure des marées, vient remplir les profondes douves creusées dans la falaise. L'intérieur du fort est immense mais une grande partie des bâtiments qui s'élevaient ici n'existe plus. Parfois, au pied des murs se trouvent des tas de vieux boulets, jamais très loin des impacts qu'ils ont laissé à l'époque ou la guerre faisait rage. La ballade la plus intéressante consiste à longer la muraille par le dessus car on y a un superbe panorama de la côte et de l'intérieur de l'île. Des rangées de canons sont encoreinstallées, pointées vers l'horizon. J'arrive sans problème à imaginer le carnage qu'il y a pu avoir quand des bateaux ont eu le malheur de rentrer dans leur champs d'action. La muraille se déploie sur plusieurs niveauxet la hauteur devient à certains moments vertigineuse. C'est la marée basse et je peux apercevoir en bas sur les rochers des pécheurs qui viennent récupérer leurs filets ou tout simplement chercher des crustacés laissés pour compte par la marée. Il y a encore plein d'endroits à explorer mais je dois profiter au maximum de mon moyen de transport pour aller dans des endroits éloignés, alors je m'en vais au bout d'une heure et demi.

Je dois d'abord aller à la banque ou je perd un temps fou à causede la queue. Une fois devant le guichet, le gars me dit que je dois aller faire des photocopies de mes papiers d'identité avant de pouvoir récupérer mon argent. Je patiente encore 30 minutes pour avoir ma liasse de billets sales et puants et je peux enfin partir pour la plage de Nagoa qui est d'après mon guide l'une des plus belles d'Inde. La plage de trouve à une dizaine de kilomètres de l'autre coté de l'île, kilomètresque je parcours en m'arrêtant dès que quelque chose me semble intéressant et en faisant de multiples détours, histoire d'être sûr de ne rien louper en route.

Effectivement, la plage est magnifique et forme un immense croissant de sableblanc bordé de palmiers poussant de travers, comme dans les cartes postalesqui font rêver. Il y a une dizaine de personnes tout au plus. Sur la gauche se trouve une paillote qui sert de restaurant puis des bungalows discrètement dissimulés dans la végétation. En passant devant, un couple de jeunes indiens qui était dans le bus m'appelle. Je les rejoint dans l'enclos de leur bungalow de location et on prend une bière tout en discutant. Ils sont infographistes et ont déjà été à San Francisco pour participer à un concours en tant que représentant de leur pays. Ils m'apprennent des choses intéressantes sur la mentalité indienne et le comportement des indiens vis à vis des touristes. On discute uneheure puis je les quitte pour aller à la pointe de la plage. Des nombreux oiseaux exotiques inexistants en France ont élu refuges dans les cavités des rochers et se laissent facilement approcher pour que je puisse les prendre en photo. Je retourne à la paillote pour déjeuner. C'est vrai que c'est joli ici mais il n'y a pas grand chose à faire. Je continue donc de longer la cote pour voir s'il n'y a pas mieux. Et je trouve ! A peine 200 mètres plus loin, de l'autre coté de la pointe se trouve LA plage. Des kilomètres de sable fin jusqu'à l'horizon, lisse comme un miroir, et surtout, absolument déserte. Là, je craque. J'emmène la mobilette sur le bord et je m'allonge en croix. Le bonheur ... Non, il manque quelque chose. Un moment comme ça, ça se partage. Dommage que je ne soit pas avec une fille car dans un endroit pareil, les événements ne peuvent prendre qu'une seule tournure ... J'écrit un petit message dans le sable et je retourne à la dure réalité en voyant que la mobilette ne veut pas redémarrer. Elle est tombée sans que je m'en aperçoive et l'essence s'est écoulé par je ne sais quel trou. Il n'y a que 50 mètres à faire jusqu'à la route mais elle super lourde et dans le sable, c'est pas du gâteau. J'en bave à fond pour la remonter.

Comme je craint de ne plus avoir assez d'essence pour faire le grand tour quej'avais prévu et je décide donc de retourner vers Diu mais en prenant un itinéraire différent. Je passe par des palmeraies verdoyantes et denses, des marais salants, pour arriver aux portes fortifiés de laville. J'en profite pour visiter le labyrinthe de ruelles de la veille ville. Je tombe sur quelques maisons à l'architecture fabuleuse et aux couleurs flamboyantes mais je ne peux pas faire de photo car il fait déjà trop sombre.

Je retourne ensuite au fort car je n'ai pas pu tout voir ce matin. Ily a des ouvertures étroites dans la murailles à plusieurs endroits, qui se prolongent dans des tunnels obscures dont on ne voit pas le fond. Je pénètre dans l'un entre eux pour voir ou ça mène. L'écho me laisse penser que la voûte est assez haute. Il y règne une odeur très forte d'animal et lorsque tout d'un coup j'entend des cris aigus assortis de nombreux battements d'ailes, je comprend : je suis entré dans un repère de chauves-souris qui vont m'arracher les cheveux si je ne sors pas vite d'ici. Je regrette de ne pas avoir pris ma lampe de poche. Je me dirige à toute allure vers une lumière qui se trouve de l'autre coté et débouche sur une impasse. Je suis dans la muraille en face des douves à plusieurs dizaines de mètres de hauteurs. Il ne me reste plus qu'a faire demi tour. Le soleil commence à se coucher et je me dépêche de sortir pour ne pas louper le moment magique depuis Sunset Point. C'est tellement beau que je ne m'en lasserai jamais.

Après avoir ramené la mobilette, je retourne à l'hôtel pour aller dîner et je croise en chemin un touriste qui me demande ou je loge car il cherche une chambre pas chère. Il s'appelle Paul, est Belge, 30 ans et a une tête plutôt sympathique. Je lui propose de venir manger avec moi et nous faisons plus amplement connaissance. Il était ingénieur, co-fondateur d'une entreprise dans l'informatique et a démissionné suite à un gros différent avec son associé. Depuis, il voyage jusqu'à ce que son budget soit épuisé. Il est parti depuis 1 an et pense tenir pendant 2 ans. Je suis sur le cul : Paul est train de faire ce que je rêve de faire moi-même. Je n'ai que 23 ans, ce qui me laisse encore de la marge par rapport à lui. Il est en Inde depuis 1 mois et demi et vient du Pérou dont il me montre quelques photos absolument magiques de Machu Pichu. Je vais y aller, c'est certain.

Nous allons ensuite prendre un verre dans un bar et il sort une fiole de whisky qu'il verse discrètement dans mon verre de Coca-Cola. Trop cool ! Nous discutons jusqu'à minuit et demi puis nous retournons à mon hôtel ou il prend finalement une chambre. Du coup, pas mal de choses ont changé : Paul m'accompagne à Alang, le plus grand chantier de destruction navale au monde, et je ne pars plus demain matin mais plutôt dans l'après-midi. Paul a des adresses et des recommandations d'une famille qui l'a accueillit pour aller visiter 2 temples privés. Ça vaut le coup d'attendre une matinée.
Par Ludovic Passamonti - Publié dans : Inde 1999
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Ludovic

 
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