Mardi 26 janvier 1999
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Ce matin, la mosquée n'a pas fait d'exception pour ma grasse matinée.Je me lève vers 8h30 pour aller acheter des bananes et des noix de coco sur le marche pour mon petit déjeuner que je fais dans la rue. Adil arrive à 9h30 et veut aussitôt prendre une douche. Vraiment gonflé ce môme ! Je me doute qu'il n'y a pas d'eau chaude chez lui alors je le laisse faire. Le première chose à faire aujourd'hui est d'aller à l'agence Punjab Travel pour avancer mon départ pour ce soir à 22h00. Adil me donne un papier avec son adresse pour que je lui écrive et lui envoie des photos. Il y a aussi un message de ses parents qui me demandent combien de temps je reste à Ahmedabad. Peut-être voulaient-ils m'inviter à manger, voire m'héberger chez eux ? Ça aurait été une expérience géniale pour découvrir leur culture en profondeur mais mon billet est déjà pris. Du coup, je suis presque déçu de partir ce soir.
La matinée est consacrée à l'Ashram de Gandhi, une sorte de grande maison ou il vécu plusieurs dizaines d'années et d'où ilmena son combat non violent contre les castes et le colonialisme anglais. L'expositionest vraiment bien faite et m'apprend une foule de chose sur l'histoire contemporaine indienne. Gandhi était vraiment un homme exceptionnel de ce siècle et sa conviction dans ce qu'il défendait était vraiment admirable. Il ne peut y avoir qu'un indien pour supporter tant de souffrance et d'injustice au cours d'une vie, tout en continuant à entretenir un espoir de voir son rêve se réaliser. Je ne sais pas en qui il s'est réincarné, mais en ce moment, il doit faire la fête si l'on se réfère à la croyance hindou du bon ou mauvais karma. Il avait un paquet de points positifs d'avance ...
Le retour au centre ville s'avère compliqué car comme nous sommestrès loin, le rickshaw coûte très cher et je ne veux pasabuser des moyens de transports payants. Adil me propose d'avancer à piedmais au bout d'une demi-heure, j'ai tellement faim que je me décide à prendreun rickshaw. Le conducteur ne veut pas me dire le prix et me montre son compteurpour me faire comprendre que la course est facturé au kilomètre.Mais je sais très bien que son compteur est trafiqué de toute paret que le prix que je vais payer sera prohibitif. Adil me fait signe de monterquand même : il a une idée derrière la tête. Le kilomètresdéfilent et la petit roue des chiffres du compteur aussi. Quand on s'arrêteenfin, il affiche 98 rps. Je suis vert ! Adil me dit de donner 50 rps, ce queje fait, et le chauffeur m'en rend 30. Là, je ne comprend plus rien maisil a bien gagner son déjeuner ce petit. Nous retournons donc à l'hôteloù je fais apporter 3 omelettes dans la chambre.
Avant de quitter Ahmedabad, je veux absolument prendre en photo, la Mosquée aux Minarets Oscillants. Là encore, c'est assez alors nous prenons unrickshaw. La circulation est affolante et l'air complètement vicié par l'odeur du gasoil. J'ai l'impression de remonter les Champs Elysée le jour ou la France a gagné la Coupe du Monde. Sauf qu'ici, c'est tous les jours la même chose et dans 50% des rues. La Mosquée n'est pas trèsdifférentes des autres mais les minarets sont effectivement plus hautque ce que j'ai pu voir jusqu'à maintenant. Il ne reste plus qu'a rentrermais Adil donne une autre direction au chauffeur. Il veut me monter autres chose mais il ne sais pas que je l'ai déjà vu et je n'arrive pas à lui faire comprendre. Alors je suis obligé de m'énerver un peu pour pouvoir faire demi-tour. Ça n'a pas l'air de lui plaire , mais après tout, c'est moi qui paye et je ne suis pas riche comme il semble le croire. Je dit donc adieu à Adil qui à l'air vexé. Les indiens savent très bien jouer avec les sentiments des touristes : en effet, devant la complexité des rites et coutumes indiennes, les voyageurs occidentaux respectueux font profil bas dans presque toutes les situations un peu délicates car ils ont peur d'offenser les indiens, qui en profitent largement pour obtenir de nous ce qu'ils veulent.
Je continue de me promener dans le souk ou je vais me reposer sur le toit d'une mosquée. Ce sont des endroits paisibles dans les tumultes de la ville,un peu comme si une bulle protectrice arrêtait les agression de la mégalopole musulmane. J'ai encore super faim. Je crois que je suis en sous-nutrition avec les repas minables que je fais depuis une semaine. C'est décidé, je vais me faire une bonne bouffe avant de prendre le bus. Je vais donc dansun restaurant d'hôtel et je termine mon repas avec une glace spéciale du Gujarat, qui me donne une diarrhée instantanée. Je me dépêche de rentrer à la chambre pour aller aux toilettes et là, surprise ! Adil et son petit frère m'attendent sur leur vélo. ça tombe mal car je voulais être tranquille 5 minutes. Nous montons et voilà qu'il me double pour aller aussi aux toilettes. Il le fait exprès ou quoi ? Lorsque je ressors des toilettes, il me tend un stylo à plume en plastique avec une étiquette ou il a inscrit son nom, celui de son frère et le mot « friends ». Je n'ai plus qu'à lui faire aussi un cadeau et à part mon stylo que j'adore, je ne vois pas quoi. Ça m'ennuie un peu mais son intention est vraiment touchante et je n'ai pas le choix. Si je lui tend un billet, il va hurler ! Je fais donc ce qui est prévu et ça lui fait très plaisir. Je suis certain que c'est ce qu'il voulait, avec mon appareil photo, mais là, il peut toujours courir. Il veut aussi que je lui donne une photo de moi à Mandu mais ça fait 15 fois que je lui dit que je les lui enverrai et il ne veut pas comprendre. Je dois subitement retourner aux toilettes et j'aperçois un flash qui part, puis un autre. Il commence à me gonfler sérieusement à toucher à toutes mes affaires sans me demander. C'est encore un gosse, née en Inde, alors je me tais. Je prépare mon sac et cette fois, ce sont les vrais adieux.
J'arrive à la gare routière avec 3 heures d'avance. La gare routièren'en est pas réellement une. C'est en fait une grande avenue ou se répartissenttout le long des agences de voyages qui servent de point de départ à destrès nombreux bus vers toutes les villes d'Inde. Le mien se trouve unpeu à l'écart, en face d'un petit immeuble en béton horribleet glauque. Je m'installe sur des bancs dégoûtants. J'aimerais bien écriredans mon carnet de bord mais je n'ai plus mon stylo et celui qu'Adil m'a offertfuit. Mais j'ai le temps de chercher un magasin qui en vend. Les stylos sontinstallés dans un pot sale et la vendeuse doit en essayer 5 différentsavant d'en trouver un qui fonctionne. J'ai un peu l'impression de me faire avoir,mais bon ... De retour à l'arrêt de bus, je comptait m'installertranquillement pour écrire, mais c'était sans compter sur l'intérêtdes indiens pour les touristes. Un homme d'une quarantaine d'année s'approcheet commence à me poser des questions. C'est au moins la quinzièmefois aujourd'hui et le double de poignées de main. Je commence à comprendre ce que peut ressentir une personne célèbre qui se fait harceler en permanence. On est sympa au début, mais à force, c'est gonflant.Heureusement que je retourne à l'anonymat dans 5 semaines. Je discute donc avec cet ingénieur qui m'apprend qu'il est impossible pour les indiens de voyager car les visas sont très difficiles à obtenir. C'est la politique intérieur du gouvernement : on entre mais on ne sort pas.
Il est 21h45 et mon bus n'est toujours pas là. Comme je commence à m'inquiéter, je vais me renseigner et on me dit qu'il devrait arriver dans 15 minutes, peut-être 20, voire 30 minutes. C'est le fameux « strechable time » indien. Le bus arrive finalement avec 20 minutes de retard. C'est la ruée pour monter dedans malgré le fait que les sièges sont tous réservés. On garde les bonnes habitudes .... A ma place, il y a un gros bonhomme avec son petit garçon. Je le fais bouger sur le siège voisin mais il met son môme entre nous deux alors qu'il n'y a déjà presque plus de place pour moi. Il est con ou quoi ? Hors de question de passer 10 heures serré comme une sardine, sans parler de l'état du petit. Alors je le lui fais comprendre et il laisse la place à son fils pour aller ailleurs. En route pour les plages de l'île de Diu !
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