Vendredi 22 janvier 1999
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C'est l'anniversaire de mon frère. 18 ans et je ne suis pas là poury assister. J'espère qu'il va faire une fête digne de cette occasion et que les parents ne le feront pas trop chier pour ça. Je regrette de pas être avec lui, mais là ou je suis, c'est pas mal non plus. Je vais tenter de lui ramener le plus gros cadeau (au niveau de la taille) qu'il n'ai jamais eu : un sitar.
Il est 10h00 et le train arrive dans 1h30 à Indore. Le ventilateur est cassé sur le bouton "on" et a fonctionné toute la nuit dans un bruit stressant. A chaque arrêt, des vendeurs de nourritures et de boissons ont traversé les rames en plein milieu de la nuit en hurlant sur leur passage « Tchaï ! Tchaï ! » ce qui veut dire « thé ». J'ai goûté à quelques trucs assez épicés surles conseil de mon voisin. J'ai quand même réussi à dormirun peu malgré le bordel ambiant et mes 40 cm² d'espace vital. Les indiens sympathiques sont descendus et d'autres les ont remplacés. En fait, malgré les nombreux arrêts successifs, le train n'a jamais désemplit. Nous arrivons enfin à midi et je n'ai même pas pu admirer le paysage de tout le trajet à cause de la hauteur de ma couchettepar rapport à la fenêtre, je n'ai pas pu m'allonger non plus. Mais ce fut quand même une bonne expérience à vivre.
Je sors de la gare, heureux de pouvoir enfin me dégourdir les jambes. Les taxis de Bombay ont laissé la place aux rickshaws, sorte de scooter à 3 roues avec deux places abritées à l'arrière. C'est plus petit, plus maniable, et donc plus dangereux qu'un taxi. Ils ralentissent à peine pour se faufiler dans des trou de souris dans la circulation routière ou piétonne. Je regarde les panneaux des magasins qui entourent la gare et là, je comprend que je ne suis pas sorti de la galère. Il n'y a pas un seul mot d'anglais nulle part. Même les chiffres sont en indienet donc incompréhensible pour moi. La peur commence à me prendre au ventre. Je fais vite ce dont pourquoi je suis venu et je pars dès que je peux.
Je trouve vite un hôtel à 140 rps, ce qui change des tarifs de Bombay.En plus, la chambre est beaucoup mieux. Je mange, rapidement aussi car il n'ya pas grand chose pour se restaurer dans ce bled. J'appelle ensuite en Francepour rassurer mes parents. Je galère un peu avec l'indicatif mais ças'arrange. Enfin, je dois trouver un bus pour demain matin afin d'aller visiterMandu et sa forteresse, unique raison de ma présence ici. Je vais d'abord à lagare routière mais comme prévu, je ne comprend rien à cequi est écrit, alors je demande. Ça se complique : je sais pas ou ils ont appris à parler anglais ici, mais c'est absolument incompréhensible.Et pas un touriste dans les environs pour m'aider ... Ce que j'ai compris, c'est qu'il n'y pas de bus direct pour Mandu, mais une compagnie privée en organisent. Une fois à leur bureau, ils ne trouvent rien d'autre à me direque d'aller à la gare car eux, ils n'organisent rien. Mais j'en viens,bordel ! Bon, je verrai ça après. Passons au billet de train pourAhmedabad, pour demain soir. Je cherche pendant une heure le bureau de réservation qui n'est pas au même endroit que la gare (logique ...), je le trouve, je rempli plein de confiance le formulaire, je me pointe au guichet et le gars me dit qu'il n'y a plus de places avant ... 1 mois. Zen ... surtout rester zen. Je demande un autre train et le tarif du billet s'élève à 732 rps au lieu d'à peine 180 rps pour l'autre. Le cauchemar continue. Je m'énerve un peu car je ne comprend rien à ce que raconte le gars du guichet qui ne fait vraiment aucun effort. J'ai envie de l'insulter de tous les noms. Un jeune indien essaye de m'aider, mais rien n'y fait. Et par dessus le marché, on me demande 10 rps de frais d'annulation du billet. Trop, c'est trop, je m'en vais.
Je veux rentrer chez moi. J'ai peur d'avoir mis la barre trop haute cette fois,mais c'est trop tard. Et puis merde ! J'ai tout fait pour sortir de l'armée en rêvant de partir en Inde, j'ai réussi et voilà que je veux rentrer chez moi maintenant. Hors de question. Je vais me battre jusqu'au bout comme je l'ai toujours fait et on verra bien.
Je vais à la gare pour faire une pause et me calmer car on ne fait rien de bien dans la confusion. Je m'assois sur un escalier, j'ouvre mon guide, je récapitule la situation, lève la tête et ... oh joie ! 2 touristes européens se sont assis à quelques mètres. Je fonce les voir. Ce sont 2 polonais qui voyagent depuis 2 mois. Nous discutons de mes déboires et ils m'expliquent le fonctionnement des trains indiens: ils sont toujours pleins (merci, j'avais remarqué) alors nous sommes mis en liste d'attente, mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas monter dedans. Voila donc l'astuce ! La deuxième, (je l'avais trouvé tout seul) consiste à payer un bakchich à un titi-man (j'appelais ça un « réserveur »). Je discute encore un peu avec eux puis repars, presque joyeux, reprendre un ticket. Il y a de la place, ça prend 5 minutes et 182 rps. Il y a des trucs qui m'échappent des fois ... Il ne me reste plus qu'à trouver le bus pour Mandu. J'apprend que des départs ont lieu tous les matins à 5h00, 6h00 et 7h00 et des retours à 17h00, 18h00 et 19h00. Cette fois, c'est dans la poche.
Je repars visiter la ville le coeur léger. Un magnifique minaret apparaît au dessus des toits des maisons (ou du bidonville), assez proche. Je vais donc à sa recherche. Je passe un pont qui surplombe une rivère boueuse presque asséchée. Sur les rives, des enfants en guenilles jouent avec des cochons noirs de crasse qui sont en liberté. La route se transforme en chemin de terre puis s'enfonce dans le bidonville. La rue se transforme en ruelles qui crées un vrai labyrinthe dans les maisons de tôle. Ça devient un peu coupe-gorge mais je continue l'air de rien. Au détour d'une baraque des enfants m'interpellent. Je n'ose pas les ignorer, craignant leur réaction alors je vais les voir. Ils rigolent en me voyant, comme d'habitude, et un attroupement se crée autours de moi. Ils veulent me faire jouer au cricket. J'y connais rien mais j'essaye quand même et je rate 2 fois la balle. J'arrête et je m'en vais poliment. Ou est la sortie ? A un croisement, un vieux borgne me fait signe de ne pas continuer dans ma direction et m'indique un chemin à droite. Au bout de quelques mètres, j'aperçois le pont. Sauvé ! Quelque chose me dit qu'il m'a évité une grosse embrouille, voire pire, car j'avais une drôle d'impression.
Je retourne au centre ville pour aller dîner. Un homme vient me voir. Il est guide touristique et veut me montrer quelque chose. Il sort un carnet, plutôt une veille brochure de 30 pages sur Mandu, et me montre de adresses de gens qu'il a aidé depuis plusieurs années.. il y a pas mal de français, des irlandais, des anglais, des australiens, etc ... Il me demande ce que je compte faire dans les prochains jours et me prévient que si je vais à Mandu demain, je ne pourrai pas revenir à temps pour prendre le train à 20h30. D'après lui, il faut donc que j'aille annuler mon billet pour plutôt prendre le bus le lendemain matin. Il me trouvera un billet pas cher ainsi qu'un hôtel pour le soir. Je me méfie a fond car il va à tout les coups me demander une fortune pour ce service. Surtout, ça me fait chier d'annuler mon billet pour lequel j'en ai tant bavé. Il à l'air différent des autres mais je refuse quand même son offre. Je ne connais pas encore assez les gens et leurs attitudes pour me permettre de faire confiance comme ça, surtout après le coup de la gare de Bombay. Le pire, c'est que je pense qu'il a raison sur ce coup. Tant pis, je préfère me mettre dans la merde tout seul et m'en sortir tout seul, plutôt que de le suivre et le regretter par la suite. Ici, le risque est énorme. Je suis mon feeling. D'ailleurs, je crois que ce voyage va me mettre rudement à l'épreuve sur ce point.
Je mange un morceau de poulet dans la rue et rentre à l'hôtel prendre une douche froide dans les deux sens du terme. Alors que je regarde la fenêtre, quelque chose passe furtivement. Je continue à fixer cette direction et un rat, gros comme un chat, passe. Il ne peut pas rentrer dans la chambre car il y a une grille. Ouf ! Quelle frousse ! A mon avis, ce n'est pas le dernier que je vais voir. Il est 20h30 et je vais me coucher après une journée épuisante physiquement et psychologiquement. Ça ne sera pas la dernière comme ça non plus ...
Pourvu que la nuit me porte conseil.
Vous avez dit