Nous voyons maintenant de jour la route que nous avons emprunté à l'aller et ce qui était pressenti se précise. On se croirait dans le Grand Canyon. Les montagnes, dont les sommet aplatis par l'érosion forment d'immense plateaux, se décompose en strates multicolores pour se terminer dans un éboulis de pierre rouge. Au fond, se trouve la traditionnelle palmeraie. Les canyons se divisent puis se rejoignent formant un impressionnant réseau de fissures dont certaines font plusieurs centaines de mètre de large. On s'arrête 2 fois pour admirer le paysage. S'il n'y avait pas les palmiers pour trahir le continent ou nous sommes, quelques un des plus célebres westerns auraient très bien pu être tournés ici. Udy craque à nouveau et va se rafraichir dans la rivière, pendant que j'escalade une paroi afin de prendre de la hauteur pour faire ces photos.
A midi, nous roulons toujours. La température avoisine maintenant les 50 degré et nous n'avons pas croisé une seule voiture depuis une heure. Lors de notre arrêt pour déjeuner, Udy discute avec un avocat qui nous recommande dans une auberge près dès dunes de Merzouga. Il fait un lettre pour le propriétaire afin que nous soyons bien accueilli. Pendant ce temps, je discute avec des étudiants en anthropologie d'une trentaine d'années qui me demande de les déposer à 3 kilomètres d'ici. Nous repartons et au bout de 5 minutes, Udy me demande soudainement: "T'as pas l'impression qu'il y a un truc qui cloche, là ?". Je réfléchi une seconde et donne un gros coup de volant sur la droite. Je roulais depuis le départ sur la file de gauche ! Une reminiscence de l'Inde. Les deux autres n'ont pas même bronché.
Nous nous arrêtons visiter une énorme casbah encore habitée par une centaine de personnes. Un guide nous emmène dans les étroites et sombres ruelles sans qu'on lui rien demandé pendant qu'une horde de gamins gardent la voiture garée à l'extérieur. De nombreuses femmes assisent sur le porche de leur maison détournent aussitôt le regard et se voilent dès que nous tournons la tête dans leur direction. J'ai du mal à comprendre leur réaction presque hostile vis à vis de nous. Elles me font de la peine. La visite ne dure pas longtemps car les touristes ne semblent pas les bienvenue ici.
Arrivé à Erfoud, nous faisons une nouvelle halte pour acheter des oranges (j'arrive plus à m'en passer tellement elles sont bonnes) et du melon. On déconne avec les vendeurs et rabatteurs dans le marché couvert. De retour à la voiture, un jeune touareg habillé avec une tunique bleu et un long foulard multicolore nous demande si nous pouvons l'emmener à Merzouga car il y travaille comme guide-chamelier. Il tombe bien car la route se transforme en piste à perte de vue et sans ses indications, nous serions sûrement perdu depuis longtemps. Je fonce dans le sable et les bosses. J'ai l'impression de faire le Paris-Dakar. Le pied total ! Les dunes géantes font leur apparition à l'horizon et l'excitation grandit au fur et à mesure que l'on s'approche. Une fois au pied des dunes, c'est l'extase. La chance continue car Mohamed travaille à l'auberge que l'avocat nous à recommandé. Nous lui montrons la lettre, il la prend, va voir le patron et revient en nous souhaitant la bienvenue. Tout est désormais à notre disposition. Nous prenons le traditionnel thé à la menthe avec le personnel puis chacun retourne à son occupation. C'est-à-dire, dormir, car il n'y a aucun client.
Je piaffe d'impatience d'aller courir dans les dunes de sable orange. Le soleil se couche bientôt alors je fonce en disant à Udy de me rejoindre au sommet de la plus haute dune car il veut d'abord prendre un douche. Elle culmine à 400 mètres et il faut longer une longue arête pour la gravir sans trop de difficultés. Au début, ça va mais vers le milieu, je dois m'arrêter tous les 10 mètres tellement j'en bave. Quand j'arrive sur le premier palier plat, je m'écroule, et reste à haleter pendant largement 10 minutes. Je longe ensuite une autre arête, moins verticale pour rejoindre le sommet. Je m'écroule à nouveau, mais de plaisir cette fois. Devant moi, le désert plat et rocailleux, derrière, le début du Sahara à perte de vue. C'est une des plus belles vision que j'ai jamais eu. Je fais des photos de mes empreintes de pas qui partent depuis l'horizon. Je peux voir d'autres gens de la taille d'une fourmi qui se dirigent vers le sommet. Fini la tranquillité : deux israéliens et un français arrivent. Le soleil se rapproche de l'horizon sans que son éclat faiblisse. Du coup, c'est moins joli qu'un couché de soleil classique. Le français qui est arrivé avec les israéliens s'appelle Pierre-Eric. Il voyage seul et me demande si nous ne pourrions pas lui faire une place dans la voiture à notre retour vers Ouarzazate. C'est possible mais nous ne savons pas encore si nous rentrons demain ou si nous prolongeons notre séjour ici. En attendant, je lui donne rendez-vous au même endroit pour le lever du soleil. Normalement,nous serons déjà sur place avec Udy puisque nous prévoyons de dormir dans le dunes. Quand je retourne à l'auberge Yasmina, il fait déjà nuit. Mon seul repère pour me diriger est le faible halo lumineux qui éclaire l'horizon. J'ai bien failli passé la nuit dans les dunes plus tôt que prévu !
Je prend une douche et on nous sert à manger sur une table séparée de celle ou Mohamed et les autres mangent un gros couscous. C'est pas la coutume du coin quand on est invité. Ca veut donc dire que l'on va payer le repas. Dégoûté ! Aussitôt fini, nous prenons nos affaires et on se dirige vers la plus grosse dune dans le noir absolue. Son ombre imposante se détache à peine sur le ciel. Le trajet de nuit est encore moins évident que celui de jour (logique...) car on ne voit ni les montées, ni les descentes, encore moins si nous sommes dans la bonne direction. Après une grosse montée, on décide de s'arrêter sur une parti plate relativement protégée du vent. Udy commence à creuser un trou pour niveler le terrain et s'abriter encore plus. Dormir comme ça dans le désert, c'est vraiment un gros délire et une super expérience. Je ne sais pas si je l'aurai fait en voyageant seul. Le ciel étoilée est superbe. Quelques étoiles filantes nous survolent et le marchand de sable passe. Demain ce sera la surprise sur notre endroit de campement


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