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Vendredi 14 mai 1999 5 14 /05 /1999 00:00
Tarik arrive avec 15 minutes d'avance. Nous allons à la gare routière d'ou nous prendrons un bus pour Taza, principale ville à proximité de son village qui s'appelle Taha. Le prochain départ est à 11h00 seulement alors nous prenons un "grand taxi", un vieux modèle de Mercedes qui circule entre les villes, au contraire des "petits taxis" qui restent dans l'enceinte de la ville. Le chauffeur attend d'avoir 6 personnes (4 derrière, 2 devant) pour démarrer. Alors que nous passons devant un grand lac artificiel, Tarik fait arrêter le taxi en pleine campagne et nous descendons. Il a fait ça car il pensait que je n'avais jamais vu de barrage ! nous marchons jusqu'au bord de l'eau ou je pose mon sac pour faire un break et nous mangeons des oranges. Il est seulement 10h00 mais la chaleur est à nouveau étouffante. Je me baignerai bien un peu mais je suis trop vert d'être là au lieu d'être assis dans le taxi, même super serré. Son geste partais d'une bonne intention alors je fait semblant de prendre des photos pour pas qu'il croit que ça ne me plaît pas. Nous repartons vers la route. Le premier village pour reprendre un taxi est selon lui à coté, mais nous marchons depuis une demi heure, et rien en vue. J'ai peur d'avoir fait une connerie en ayant accepté son invitation. Nous faisons du stop et un autre taxi nous emmène directement à Taha, son village. Seules les routes principales sont goudronnées, les autres sont en terre.

La maison de ses parents se trouve au fond du village dans le creux d'une colline.Nous arrivons après 15 minutes de marche supplémentaire. Ouf ! Il était temps ! Sa mère à un visage rond, souriant et il émane d'elle une gentillesse naturelle. On prend le thé puis sa soeur rejoint le domicile. Elle est plus jeune que Tarik, ne parle pas français mais le comprend un peu. Pas de nouvelles du père. D'ailleurs, Tarik ne m'en à pas encore parlé alors quelque chose me dit qu'il ne vaut mieux pas poser de questions. J'arrive à tenir la discussion facilement ce qui me rassure un peu. Le repas aussi arrive : de la semoule avec des pommes de terre, des haricots verts et des morceaux de viande. Je mange comme eux en me servant directement avec mes mains, avec une certaine maladresse car je n'arrive pas à coincer la nourriture entre mes doigt et le morceau de pain. Pour ma défense, il faut dire, c'est très chaud tout ça ! Quand le plat est vide, je suis plein à craquer. Tarik me demande si je veux faire la sieste et je dis oui afin de ne pas à avoir à me creuser le cerveau pour trouver des sujets de discussion tout l'après-midi. C'est ça ma grande crainte : ne plus savoir de quoi parler. Nous nous installons sur un tapis dans une pièce voisine et après une discussion sur les relations entre juifs et arabes, nous essayons de dormir. Je pense encore à la manière dont je vais pouvoir partir si je m'ennuie trop. Dans tout les cas, je n'ai plus le temps d'aller à Chefchaouen alors que j'ai pris le billet de bus. J'ai perdu 40 DH. Je réussi à somnoler malgré la chaleur. En fait, il fait plus chaud dans la maison que dehors ou il y a des nuages et un petit vent frais.

Quand Tarik, se réveille, nous allons faire un tour dans les champs environnants. C'est banal, mais très agréable. Sur le chemin du retour, nous croisons une fille à laquelle Tarik demande de l'eau. Nous vidons sa bouteille. En France, nous aurions à peine eu droit à une gorgée chacun, mais pas ici. Elle repart en nous souriant, contente de nous avoir rendu service. Je cherche les WC dans la maison. La chasse d'eau est un sceau rempli, ce qui veut dire qu'il n'y a pas l'eau courante. Pour la douche, c'est râpé ! Le couscous est prêt vers 21 heures et il est énorme. Il y en a pour 10 alors que nous sommes 4 ! Il va falloir se forcer et j'ai à peine digérer le repas de ce midi. Au bout d'une demi heure, il en reste encore un paquet alors la mère de Tarik pousse les morceaux de viande vers mon coté pour que je finisse. Moi, je les enterre discrètement sous la semoule pour faire croire que je les ai mangé. Finalement, Tarik cale et je peux m'arrêter à mon tour. Nous discutons encore un peu et sa mère installe un drap dans la salle ou nous avons fait la sieste. Ce soir, je dors encore par terre mais ça ne me dérange pas. La journée est finie et s'est mieux passé que ce que je craignais. Je suis dans la peau d'un marocain, dans sa famille, dans sa maison et c'est une expérience très enrichissante. J'espère que demain sera aussi bien, voire mieux.
Par Ludovic - Publié dans : Maroc 1999
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Jeudi 13 mai 1999 4 13 /05 /1999 00:00
J'ai mieux dormi car j'ai mis des boules Quiès. Un accessoire indispensable en voyage auquel on pense très rarement. Ce matin, direction le hammam pour un décrassage complet. L'entrée coûte 4 DH, puis 2 DH pour faire garder ses affaires, puis 2 DH pour le savon . Le massage est négociable (sûrement à mon désavantage). Je me met en slip et on m'emmène par la main dans une salle ou le sol en pierre chauffante est en permanence arrosé de manière à produire de la vapeur. Il n'y a que moi et un autre marocain. Je m'assois par terre et l'employé me ramène un baquet d'eau chaude qu'il me verse sur la tête. Je m'allonge sur la brique brûlante (et gluante) sans bouger pendant 10 minutes afin de bien transpirer puis le masseur, un vieil homme, arrive. Là, les choses se corsent. Il commence par me masser le dos puis me fait faire des étirements. Certains sont assez douloureux. Je m'accroche à son coup (il est derrière moi) et me bascule sur le dos. Je dois alors faire des abdominaux en montant et descendant les jambes lentement. A la fin, il me fait faire un salto arrière pour que je retombe sur mes jambes. Puis il me frotte avec un gant et du savon, tout en me faisant un discours sur la générosité des touristes français. Les plus généreux lui ont donné 200 DH. Je le vois venir. C'est exactement la même situation que le massage sur les ghats de Varanasi. Finalement, les techniques d'arnaque à touristes ne varient pas beaucoup d'un continent à un autre. Je lui donne 35 DH, il râle un peu et je m'en vais en pleine forme.

Je prend la direction du Tombeau des Mérinides qui se trouve sur une colline à l'extérieur des remparts.. c'est complètement en ruine mais il y a une belle vue sur la ville ancienne. Je m'installe au soleil pour lire et bronzer en même temps. Un homme arrive, discute 5 minutes avec moi et fini par sortir sa marchandise. Je savait bien qu'il allait me proposer quelque chose! Il ne peux pas la vendre en ville car il n'a pas d'autorisation. Ceux qui le font, comme les marchands ambulants de fruits, payent un bakchich à la police pour ne pas se faire tabasser.

Je retourne en ville quand je commence à avoir faim. A nouveau, je me fait saluer par 2 personnes et à chaque fois, c'est pour me vendre quelque chose ou pour demander de l'argent. Ici, ce n'est pas comme dans le désert : les gens sympathiques le sont par pur intérêt. Dans le restaurant ou je vais manger, une dispute éclate entre le cuisinier et le patron. Ils crient super fort. Un torchon vole. C'est marrant de les entendre hurler en arabe. Ca fait parti de l'ambiance du pays. Quand je demande à mon voisin ce qui se passe, il se contente de me dire qu'ici, un rien se transforme vite en grosse dispute. J'avais remarqué.

Je repart sans avoir d'idée sur ce que je vais faire cet après-midi alors je prend la direction du souk. Toutes les échoppes sont fermées. Ca fait bizarre de voir un endroit comme ça aussi calme mais c'est une ambiance que je préfère largement à celle d'hier.

Comme le temps ne passe pas vite, je vais au cyber-club que j'ai repéré hier en face du Palais Royal. C'est 20 DH l'heure de connexion, ce qui n'est pas cher. J'ai un e-mail de Paul très court et très énigmatique, un de Thierry sur son nouveau boulot et un de Jol sur le colis surprise de Thierry. A coté de moi, se trouve un marocain qui semble avoir du mal à se servir d'internet. Il veut envoyer un e-mail mais ne possède pas lui même de boite électronique. Du, dur dans ces conditions. Je lui promet de l'aider dès que j'ai fini ce que je fais. En fait, les ordinateurs sont tellement lents que ma démarche reste sans succès. On commence à discuter et il je le trouve assez sympathique. Il prend le même chemin que moi pour rentrer chez lui et je lui propose de prendre un verre. Il s'appelle Tarik, a 19 ans et s'apprête à devenir instituteur après des études d'électronique. Ou est le rapport ? Aucun, il va seulement là ou il y a du travail... il me dresse un bilan économique du Maroc très noir. Il n'a pas d'avenir pour lui ici et donc il va tenter d'étudier en France, ce que je lui souhaite de réussir. Il me montre le logement qu'il partage avec 2 amis. C'est minuscule et il y a juste la place de mettre leur matelas et une télévision. Il m'invite aussi à manger (il a déjà payé le pot à ma place) puis me propose de venir passer le week-end chez ses parents à 60 kilomètre de Fès. J'hésite, puis je me dit que c'est une opportunité à saisir pour mieux comprendre la vie ici. Nous allons donc à la gare pour faire changer mon billet puis nous reprenons notre discussion, tout en déambulant dans les rues, sur la Famille Royale, les filles marocaines, ses ambitions, ... etc. Tarik est un marocain particulier, plus intelligent que les autres pour son âge, il me semble. Nous nous fixons un rendez-vous demain à 7h30 à mon hôtel pour le départ et nous nous quittons.
Par Ludovic - Publié dans : Maroc 1999
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Mercredi 12 mai 1999 3 12 /05 /1999 00:00
Le bruit a été infernal jusqu'à très tard dans la nuit et a repris dès qu'il a commencé à faire jour, vers 5 heures. Comme dans ma chambre donne en plein sur la rue ... J'ai l'impression de retrouver l'agitation perpétuelle des villes indiennes. L'intérêt de Fès, c'est sa médina (vieille ville) qui est une des plus authentique du Maroc. Je tente d'établir un parcours pour visiter les plus beaux endroits, mais c'est un tel labyrinthe de ruelles que je laisse tomber et que je me contente de marcher au hasard. Comme j'ai déjà pu le constater en Inde, les souks sont répartis par spécialité : Le cuir, la céramique, le cuivre et l'étain, les vêtement, etc. C'est assez pratique pour faire du shopping, car on sait tout de suite ou aller pour trouver ce qu'on veut. Par contre, pour les commerçants, la concurrence est âpre.

Le premier monument que je croise est une Médersa. C'est une école théologique ancienne dont l'ornementation toute en zelige (des carreaux de céramique multicolore tressant des motifs complexes) est plutôt impressionnante. Celle ci est en restauration et la visite qui coûte 10 DH se limite à la cour intérieur avec une fontaine au milieu. Avec en prime un groupe de 50 italiens répartis sur 50m², je suis obligé d'attendre 25 minutes pour faire ma photo tranquille.

A coté se trouve, la mosquée Karaouine qui est la plus renommé du pays. Comme toutes les mosquée, l'accès en est interdit aux non musulmans. Comme en Inde avec les temples hindous. C'est chiant car l'intérieur, que j'ai pu apercevoir à travers quelques portes, est superbe. Ce qui m'étonne, c'est que là-bas, les mosquée sont accessibles par tout le monde alors que la religion musulmanes représente 30 % du pays. Pourquoi cette ségrégation religieuse ? Les lieux de culte occidentaux sont ouverts à tout le monde que je sache ! Le seul moyen de faire des photos, c'est de monter sur une terrasse à proximité qui permetde voir par dessus l'enceinte. Celle d'un magasin de tapis est accessible mais je vais devoir me taper la visite des ateliers et tout l'argumentaire de vente au passage. Je ne bronche pas et quand le vendeur comprend qu'il n'arrivera à rien me vendre, il s'en va. Je fais quand même un don de 2 DH pour la visite qui était intéressante.

Je continue d'errer dans les ruelles jusqu'à ce qu'une odeur très agressive de fasse sentir. Ca veut dire que j'approche des tanneries, une des attraction majeure de Fès. Un gamin me propose l'accès à la meilleure terrasse pour 2 DH. Bien sur, il faut passer par un magasin de cuir et d'objet artisanaux. Mais le point de vue est parfait. En bas se trouve une cinquantaine de puits remplit de liquide. Des ouvriers travaillent dedans en pataugeant pieds nus, sans masques pour se protéger des émanations nocives.
Les liquides en question sont, soit de la chaux pour séparer le cuir de la fourrure, soit des couleur dans les tons rouges.On obtient le bordeaux avec des essences de cèdre, le jaune avec de l'urine de vache. Puis, les peaux sont étalés sur les toits dans de la fiente de pigeon qui contient de l'ammoniaque pour assouplir le cuir. Une fois sèches, les peaux sont travaillées. Je comprend mieux d'ou vient l'odeur nauséabonde. Rien que pour ça, ce travail est très pénible. Je m'attarde un peu dans le magasin à la recherche d'un cadeau pour mes parents mais rien ne convient. Une fois de plus, les vendeurs (ils se sont mis à deux sur moi) sont tombés sur un os.

Après un déjeuner sur le pouce dans une échoppe misérable, je sors de la médina pour aller au palais royal. C'est à 1 kilomètre et la marche sous le soleil de 13h00 est épuisante. J'arrive à la première porte ou est posté un garde. Après renseignement, j'apprend que le palais n'est pas ouvert au public. Il me demande aussi ou se trouve mon hôtel pour venir me rejoindre dans ma chambre et discuter ...

Je me casse et fait le tour des murailles pour déboucher sur une grande place ou se trouve l'entrée principale du palais. Ce sont de lourdes portes en laiton sculpté avec tout autour de superbes ornementations en tuk. Magnifique exemple du savoir-faire marocain dans l'ornementation. Les bus de touristes défilent.

Je repars vers la médina par un autre chemin. Un marocain juif m'aborde et me propose de me faire visiter le Mellah (ghetto en arabe, quartier juif de la ville). Il va me demander à coup sur une contribution à la fin. Effectivement, après un rapide tour, il m'emmène dans un cul de sac, me demande un stylo pour que j'écrive mon nom sur un papier et ainsi faire une donation. A qui ? Je lui donne 1 DH pour sa peine mais il fait la gueule. Il veut un cadeau en plus ! Je ne cède pas, alors il part en m'indiquant un mauvais chemin pour la sortie. Pas rancunier le mec !

Je continue vers la médina. En chemin, je passe devant plusieurs école dont c'est la fin des cours. Plusieurs jeunes filles me lancent des « bonjours » avec un sourire. Je suis assez surpris de leur audace dans un pays aussi traditionaliste. Ca me fait plaisir, non pas pour moi, mais parceque je trouve ça bien que les jeunes se libéralisent. Quand j'arrive à l'hôtel, je suis crevé, il est seulement 18h00 et je ne sais plus quoi faire alors je m'assois sur le trottoir et je regarde les gens passer. Un passe-temps typique des pays en voie de développement. Je vais me coucher tôt car je tombe de sommeil.
Par Ludovic - Publié dans : Maroc 1999
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Mardi 11 mai 1999 2 11 /05 /1999 00:00
Dès que le jour se lève, nous levons le camp. Un ami de Mohamed profite de l'occasion pour se faire emmener à Erfoud. Ca nous arrange, car il va nous guider à travers les dizaines de pistes qui se croisent.

Une fois arrivé, nous nous arrêtons pour prendre le petit déjeuner. Il y a des pains au chocolat qui se révèlent bien vite être une autre arnaque. Il y a juste deux petit morceau de chocolat de part et d'autre pour servir de leurre. Dedans, il n'y a rien.

Je nettoie la voiture afin d'ôter toute les traces de notre aventure dans le désert, pendant qu'Udy va faire des photocopies de mon guide et que Pierre-Eric va à la banque. Il y a un réparateur de pneu à coté alors je demande le prix à tout hasard. C'est 35 DH à comparer avec ma caution de 500 DH qui risque de sauter si nous faisons rien. Du coup, nous lui amenons la voiture. La réparation de la roue prend une heure car il y avait trois trous. J'en profite pour aller chercher mon ticket de bus pour Fès.

C'est le moment de dire au revoir à Udy et Pierre-Eric. Ils retournent à Ouarzazate pour rendre la voiture. Udy prendra ensuite le chemin de Marrakech et Pierre-Eric continuera seul aussi vers le sud. Bon voyage à eux (j'apprendrai à mon retour qu'Udy n'a pas telliment apprécié son trajet car Pierre-Eric qui l'a soûlé pendant des heures).

Pour moi, une nouvelle aventure commence. Mon bus prévu pour 11h00 part en retard. Le trajet durera entre 8 et 10 heures. Je dors pendant toute la partie dans le désert puis je me réveille affamé. N'ayant aucune  de l'heure , je mange presque toutes mes oranges, sans partager comme il est de coutume de le faire ici dans les bus. Le désert laisse place à la montagne puis à des plateaux rocailleux. Petit à petit, de arbres apparaissent ainsi que des pâturages. Quand le bus arrive enfin à Fès, il est 21h30. Je suis crevé alors je prend le premier hôtel avec une chambre à 40 DH. Coup de chance, il se trouve dans la veille ville, de l'autre coté de la fortification, dans le meilleur quartier. Dîner, douche et dodo.
Par Ludovic - Publié dans : Maroc 1999
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Lundi 10 mai 1999 1 10 /05 /1999 00:00
Quand j'ouvre les yeux, il fait déjà grand jour et le soleil est sur le point d'apparaître. Nous sommes au pied de la plus grande dune. Notre premier objectif était le sommet. Dommage, on était pas loin !

Je réveille Udy et on se déplace de quelques mètres vers la crête pour se mettre à califourchon dessus. Déballage d'oranges et de melons pour le petit déjeuner tout en admirant le disque du soleil émerger de l'horizon, déjà jaune éblouissant tant le ciel est pur. Sur la crête supérieure, à environs 60 mètres de nous, se trouvent trois personnes. Pierre-Eric doit être parmi eux mais je ne lui fait pas signe tout de suite.

Dès que le spectacle est fini, il descend vers nous pour savoir si nous pouvons le prendre en voiture. C'est d'accord mais nous ne savons toujours pas si notre départ aura lieu ce matin ou demain. A vrai dire, je n'ai absolument pas envie de quitter cette endroit féerique de sitôt. On viendra le prévenir à son hôtel dès que nous serons fixé. Nous prenons le chemin du sommet pour finir notre petit déjeuner en apothéose. La haut, le vent soulève des rafales de sable qui effritent les dunes au fil des journées. Elles s'étendent à perte de vue de tout les cotés, si bien qu'il me semble qu'Udy et moi sommes les derniers habitants sur cette terre. Seulement deux couleurs dans mon champs de vision: un jaune orangé et un bleu foncé. Et le vide dans mon esprit. Un moment de bonheur pur, simple, apaisant. C'est uniquement dans le désert, et nulle par ailleurs.

Nous discutons un long moment avant de se décider, à contre coeur, pour rejoindre l'auberge Yasmina. Mohamed nous y attend car lui aussi compte sur nous pour l'emmener en voiture chez lui à Merzouga. Il profite de la situation pour incruster son ami au passage. Dans le même temps, Pierre-Eric, à rejoint notre hôtel et lui aussi veut venir. Du coup, on se retrouve à 5 dans la voiture. On voit bien que c'est pas eux qui paye l'essence ! J'ai horreur des gens qui profitent sous prétexte qu'ils nous rendent service ou tout simplement parcequ'ils croient qu'on est ami. Ce Mohamed, je ne le sens vraiment pas.

Aussitôt arrivé à Merzouga, je téléphone, à l'agence de location. Le gérant veut 500 DH pour une journée supplémentaire. Je le traite d'arnaqueur et refuse catégoriquement. Il est déjà 11h30 et c'est impossible de ramener la voiture pur 16h00 alors je lui sort un baratin : d'abord, je m'excuse en lui expliquant que je suis énervé car mon ami est très malade et que c'est pour ça que nous ne pouvons pas rentrer à temps. Je l'apitoie encore un peu et il lâche la journée supplémentaire pour 250 DH. Mission accomplie.

Mohamed nous emmène voir son cousin qui a un bar un peu plus loin, sans doute en espérant que nous allons consommer un max, puis il nous invite prendre le thé chez lui. C'est une maison en terre avec, luxe suprême, un puit privé. Présentation à la famille puis on mange un couscous en regardant la télé par satellite. Ca fait de la matière à discussion pour Udy , car moi, je ne parle plus avec Mohamed. Quand le repas est fini, la chaleur est tellement assommante que tout le monde, sauf moi, est d'accord pour faire une sieste. Je vais donc faire un tour seul, pas très loin dans les dunes environnantes pour rédiger les 2 jours de retard que j'ai pris dans mon carnet de bord.

Au retour, impossible de retrouver la maison dans ce dédale de ruelles, tant elles se ressemblent toutes. Je demande donc à un vieux qui va à la mosquée. Il me prend alors par la main pour m'y emmener, sans jamais la lâcher. C'est délirant ! J'ai l'impression d'être un petit garçon qui se ballade avec son grand-père. Mais il ne connaît pas le chemin plus que moi. Un autre gars, plus jeune, sort de la mosquée et me raccompagne, librement cette fois à la bonne maison. Udy dort, Mohamed aussi. Son petit frère gît sur le coté, le visage recouvert de mouches. Pierre-Eric est réveillé alors on va boire un Coca dans le bar du cousin. On se raconte nos vie, je lui paye un Fanta et on rentre.

Mohamed nous propose un grand repas pour ce soir, avec ses amis, mais il faut participer à hauteur de 30 DH chacun. Je sens une arnaque mais tant que je n'ai pas vu les plats, je préfère me taire. Nous partons voir une coopérative d'artisanat (tenu par un membre de la famille, bien sur...) ou Udy achète un turban, bleu, celui des touaregs du désert. Je n'achète rien, mais le cousin à tenté le coup avec moi : « Plaisir des yeux » qu'il dit. Il a oublié de dire « torture des oreilles » car il m'a soûlé pendant une demi-heure pour vendre ses tapis.

Nous reprenons le chemin du retour : juste avant le départ, petite embrouille dans la famille pour savoir qui allait profiter de nous ce soir. Je comprend rien à l'arabe, mais il y des attitudes qui ne trompent pas et je suis très fort pour les remarquer. On dépose Mohamed en chemin à sa deuxième auberge en construction et on continue vers la notre. Le rendez vous est fixé pour 20h00.

Pas grand chose à faire en attendant, à part regarder une nouvelle fois le coucher de soleil. Ces grandes dunes vierges me donnent une idée : écrire un truc en gros sur le sable puis prendre une photo avec nous à coté. J'écris mon nom pour faire un test et ça rend plutôt bien alors on se creuse la tête pour trouver des mots sympas. Finalement, on fait un "gros bisous" pendant qu'Udy discute avec un touareg qui nous a rejoint. Plus haut se trouvent un groupe de touristes qui entament sa descente. C'est un groupe de filles, et quand elles passent près de notre oeuvre, elles lancent un "Salut Ludo !" à l'unisson. Udy démarre au quart de tour : "Ca y'est, t'as un ticket, c'est dans la poche !". Je leur propose de nous rejoindre et elles nous proposent de venir prendre un thé à leur campement, 150 mètres plus bas. Nous discutons principalement avec trois d'entre elles (normal, nous somme trois) puis elles nous accompagnent jusqu'aux douches de l'auberge Yasmina. Elles ont l'air motivé ... Elles nous invitent ensuite à dîner à l'auberge mais on s'est déjà engagé avec Mohamed (surtout, on a déjà payé 30 DH). Et merde.

En route ! Au bout de cinq, minutes, j'entend un bruit bizarre alors je stoppe la voiture. Le pneu avant gauche est crevé. La malchance continue. Demi-tour pour changer la roue à l'hôtel ou des employés viennent nous aider, mais ça prend quand même 40 minutes. Nous arrivons au rendez-vous non sans difficultés supplémentaires. Nous avons dû demander notre chemin car nous nous sommes perdu dans la nuit. Comme en plus, nous avons juste assez d'essence pour sortir du désert, ce n'est pas le moment de faire des kilomètres inutiles. C'est l'heure de vérité. Le repas à 100 DH arrive. Et j'avais vu juste : des légumes et un morceau de poulet chacun. En clair, le repas leur à coûté à peine 50 DH au total et ils se sont mis notre monnaie dans les poches. Ca m'énerve au plus haut point mais je ne dit rien (à part foutre la merde, ca ne servirait strictement à rien). Du coup, je discute toute la soirée avec Pierre-Eric. Udy se démène pour faire la conversation aux autres. Je suis désolé pour lui mais je ne me sens pas responsable. Dès que le repas est fini, nous prenons nos affaires et allons nous coucher une dernière fois dans les dunes, à l'écart.
Par Ludovic - Publié dans : Maroc 1999
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Ludovic


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