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Bolivie

Mercredi 23 novembre 2005 3 23 /11 /Nov /2005 23:40

Roberto, mon guide pour la mine passe me prendre a 8h45. La visite coûte 10 dollars pour une journée entière. Il est accompagné de 3 filles qui nous suivent partout. Ce sont ses assistantes, âgées de 14 à 17 ans. Il m'explique qu'il n'a pas d'enfants et qu'elles sont comme ses propres filles. Nous allons chercher 2 autres français, que j'ai déjà rencontré hier au couvent San Francisco.  Nous prenons le bus pour le haut de la ville, le quartier pauvre où se trouvent les usines de traitement de métaux qui sont extraient de la mine. J'apprend que Potosi est la ville la plus pauvre de Bolivie.
Je lui pose aussi la question concernant la quantité astronomique d'avocats à Potosi. La raison est assez simple : les femmes des mineurs passent leur temps à divorcer car elles en ont marre que leur mari passe son temps à boire et à fumer avec ses copains de la mine. La seconde raison est qu'un mineur meurt de la silicose à partir de 40 ans, et les avocats sont là pour gérer les successions innombrables.

Nous passons devant des ouvriers qui ont achetés un camion de roche en provenance de la mine et qui trient à la pelle les minéraux qu'ils seront susceptibles de revendre ensuite à l'usine de traitement. Un camion coûte  1000 bolivianos, et si le minerai brut est riche en argent, ils peuvent espérer doubler leur mise. Mais c'est un peu de la loterie.

Un cours d'eau pollué par les agents chimiques en provenance des usines coulent en plein milieu de la ville : l'eau ressemble a du ciment liquide.



Nous entrons dans l'une de ces usines. Les ouvriers ne travaillent pas car il y a une coupure de courant. Roberto nous explique et nous montre tout le processus de trie, de concassage, puis de traitement de la roche pour en extraire l'argent, le zinc, et le plomb. L'usine, un bien grand mot, ça ressemble plus a un atelier, fait travailler une quinzaine de personnes. Tous mâchent de la coca en attendant la reprise du travail. Des affichent sur les mur interdisent de boire de l'alcool au travail. Ici, ce genre d'affiche tient de l'humour...  Un peu en dessous, il y a des traces de sang de lama séché. Le lama étant un animal sacré, les ouvriers projettent du sang sur les murs pour "bénir" les lieux et espèrent que cela leur apportera la bonne fortune.

La visite terminée, nous prenons la direction du marché des mineurs. C'est ici qu'ils achètent leurs accessoires pour travailler, et ... la dynamite ! Une rangée de bâtons attend sagement un acquéreur, juste au dessus d'un sachet de nitroglycérine en poudre. Un bâton de dynamite coûte 3 bolivianos, même pas le prix d'une baguette en France !!! La vente d'explosifs est interdite à toute personne qui n'est pas mineur. Comme Roberto a travaillé plusieurs années dans la mine, tous le monde le connaît, et il peut en acheter pour nous faire une petite démonstration plus tard. Nous achetons aussi des cadeaux pour les mineurs que nous allons rencontrer: des feuilles de coca, de l'alcool, et des cigarettes locales. J'achète aussi des gâteaux et de l'eau pour moi, car le repas n'est pas inclus dans la visite.

Nous passons chez lui nous équiper de vêtements de protection, de bottes, de casque et de lampes torches, puis nous prenons un bus pour la mine. Nous allons d'abord sur un monticule, à côté du Cerro Rico. Roberto prend le bâton de dynamite, le casse en deux, introduit la mèche avec le détonateur dedans, il enferme le tout dans un sac de nitroglycérine, puis il allume la mèche. 3 minutes avant l'explosion ... Il met le sac dans sa bouche, met la mèche autours de son cou, me passe la dynamite, puis la passe aux filles qui courent l'enterrer 100 mètres plus loin. L'explosion crée un souffle qui me surprend, ainsi qu'un nuage de poussière. Quand le nuage se dissipe, un cratère de 2 mètres apparaît.


 
Nous remontons dans le bus qui nous dépose devant un trou dans la montagne. Voici l'entrée de notre galerie. Ca ne paye pas de mine comme ça (ok, elle est facile  ...), mais c'est le début de l'enfer. Roberto nous met en garde : il ne vaut mieux pas se perdre car il y a plus de 300 galeries creusées dans la montagne, et il s'est lui même déjà perdu pendant 3 jours. Nous allumons nos torches et entrons dans la galeries. il faut se courber pour ne pas se cogner la tête.



Nous tournons à gauche au bout de 100 mètres et apercevons une lumière dans un coin. c'est un mineur qui est en train de creuser un trou pour y insérer un bâton de dynamite. Il utilise un marteau et un long burin, les mêmes outils qu'il y a 400 ans. Ce travail peut durer 2 heures comme 1 semaine, en fonction de la dureté de la roche. 



Nous continuons dans la galerie, grimpons sur un surplomb et rencontrons un autre mineur qui est certain d'avoir trouver une veine. Il a fini son trou, la dynamite est prête, il faut faire demi-tour. Nous nous abritons dans une galerie en contrebas. J'attend l'explosion avec appréhension, ayant vu la puissance d'un demi-baton de dynamite il y a 30 minutes. Un bruit sourd retenti, avec une légère secousse.

Nous prenons une échelle pour descendre dans un boyaux où il faut ramper, et débouchons sur une galerie plus large, qui en croise une autre. Un rail la traverse. Un groupe de mineurs fait une pause. Nous leur offrons nos sacs de coca, des cigarettes, et ils sont content. Je peux prendre des photos.



D'autres mineurs arrivent en poussant des wagons vides. Tous le monde prend sa pelle et se met à les remplir avec les tas de gravas gris à proximité, puis quand c'est plein, 2 mineurs poussent le wagon vers la sortie. Ils disparaissent dans le noir. J'ai l'impression d'être dans un film, dans une reconstitution historique, mais non, ici, c'est la réalité depuis 400 ans...



Nous continuons dans une galerie où un bruit de marteau piqueur se fait entendre. C'est une riche coopérative qui travaille là ... La poussière qui en émane empêche de respirer, et je dois mettre mon t-shirt sur mon nez et ma bouche pour continuer a avancer.
 
Nous croisons aussi un contremaître, qui est chargé de vérifier le travail des mineurs et qui réglemente l'accès aux galeries. Il demande à Roberto s'il n'a pas un petit "cadeau" pour lui, mais nous avons déjà tout donné aux mineurs. Qu'à cela ne tienne, il prend le sac et fouille dedans. Il en retire la bouteille d'alcool à 90°, la débouche, en prend une gorgée et repart satisfait. Roberto n'a rien dit : s'il ne peut plus faire visiter la mine, il n'a plus qu'a y retourner travailler.

Nous arrivons dans une galerie qui est le Musée de la mine. Il y a des reconstitutions, des gravure d'époques, et surtout, une statue du diable à taille humaine, auquel les mineurs font des offrandes avant d'aller travailler. Roberto allume des cigarettes, lui fourre dans la bouche puis, il prend la bouteille d'alcool. Il en renverse un peu sur le sol en offrande pour Pachamama, en prend un peu dans la bouche, puis en verse sur le genou droit du diable pour invoquer la chance et l'amour, sur le genou gauche pour la santé et l'argent, et sur le sexe pour avoir des enfants. Quand nous avons tous fait le rituel, il allume l'alcool, et nous partons.

Nous suivons la galerie avec le rail qui nous mène vers la sortie. Parfois, nous marchons à coté de flaques d'acide sulfurique naturel qui suinte de la paroi. Au bout de 10 minutes, j'aperçois enfin la lumière. Je n'ai passé que 2 heures dans la mine, mais je ressens à ce moment comme un soulagement. Il me faut quelques minutes pour me réhabituer à la lumière.



Nous redescendons de la mine à pied, l'occasion de voir des mineurs épuisés qui ont fini leur "journée", et qui dorment à même le sol, en face de leur cabane à outils.



Nous reprenons le bus pour la maison de Roberto où nous rendons nos vêtements. Je donne un pourboire aux filles qui nous ont accompagnées du début à la fin, et je fonce au restaurant car je suis affamé. Il est 16h00, et je décide de prendre le bus de 18h30 pour Tupiza, d'où je peux partir en tour organisé pour le Salar de Uyuni et le Sud Lipez dès demain matin. Je téléphone à l'agence pour vérifier que c'est jouable. Pas de soucis, il m'attendent pour partir à 9h00. Je fonce à l'hôtel récupérer mon sac, et saute dans un taxi pour la gare. Le trajet dure 8 heures, ce qui me fait arriver à Tupiza à 3 heures. Ce n'est pas la meilleure heure pour arriver dans une nouvelle ville mais j'ai demandé à l'agence de voyage de m'envoyer quelqu'un pour m'accompagner à l'hôtel d'où à lieu le départ. Le bus arrive finalement à 4h30 en raison d'un départ en retard et d'une petite panne en cours de route. J'ai 3 heures de sommeil devant moi avant de repartir.
Par Ludovic - Publié dans : Bolivie
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Ludovic

 
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