Je réveille Udy et on se déplace de quelques mètres vers la crête pour se mettre à califourchon dessus. Déballage d'oranges et de melons pour le petit déjeuner tout en admirant le disque du soleil émerger de l'horizon, déjà jaune éblouissant tant le ciel est pur. Sur la crête supérieure, à environs 60 mètres de nous, se trouvent trois personnes. Pierre-Eric doit être parmi eux mais je ne lui fait pas signe tout de suite.
Dès que le spectacle est fini, il descend vers nous pour savoir si nous pouvons le prendre en voiture. C'est d'accord mais nous ne savons toujours pas si notre départ aura lieu ce matin ou demain. A vrai dire, je n'ai absolument pas envie de quitter cette endroit féerique de sitôt. On viendra le prévenir à son hôtel dès que nous serons fixé. Nous prenons le chemin du sommet pour finir notre petit déjeuner en apothéose. La haut, le vent soulève des rafales de sable qui effritent les dunes au fil des journées. Elles s'étendent à perte de vue de tout les cotés, si bien qu'il me semble qu'Udy et moi sommes les derniers habitants sur cette terre. Seulement deux couleurs dans mon champs de vision: un jaune orangé et un bleu foncé. Et le vide dans mon esprit. Un moment de bonheur pur, simple, apaisant. C'est uniquement dans le désert, et nulle par ailleurs.
Nous discutons un long moment avant de se décider, à contre coeur, pour rejoindre l'auberge Yasmina. Mohamed nous y attend car lui aussi compte sur nous pour l'emmener en voiture chez lui à Merzouga. Il profite de la situation pour incruster son ami au passage. Dans le même temps, Pierre-Eric, à rejoint notre hôtel et lui aussi veut venir. Du coup, on se retrouve à 5 dans la voiture. On voit bien que c'est pas eux qui paye l'essence ! J'ai horreur des gens qui profitent sous prétexte qu'ils nous rendent service ou tout simplement parcequ'ils croient qu'on est ami. Ce Mohamed, je ne le sens vraiment pas.
Aussitôt arrivé à Merzouga, je téléphone, à l'agence de location. Le gérant veut 500 DH pour une journée supplémentaire. Je le traite d'arnaqueur et refuse catégoriquement. Il est déjà 11h30 et c'est impossible de ramener la voiture pur 16h00 alors je lui sort un baratin : d'abord, je m'excuse en lui expliquant que je suis énervé car mon ami est très malade et que c'est pour ça que nous ne pouvons pas rentrer à temps. Je l'apitoie encore un peu et il lâche la journée supplémentaire pour 250 DH. Mission accomplie.
Mohamed nous emmène voir son cousin qui a un bar un peu plus loin, sans doute en espérant que nous allons consommer un max, puis il nous invite prendre le thé chez lui. C'est une maison en terre avec, luxe suprême, un puit privé. Présentation à la famille puis on mange un couscous en regardant la télé par satellite. Ca fait de la matière à discussion pour Udy , car moi, je ne parle plus avec Mohamed. Quand le repas est fini, la chaleur est tellement assommante que tout le monde, sauf moi, est d'accord pour faire une sieste. Je vais donc faire un tour seul, pas très loin dans les dunes environnantes pour rédiger les 2 jours de retard que j'ai pris dans mon carnet de bord.
Au retour, impossible de retrouver la maison dans ce dédale de ruelles, tant elles se ressemblent toutes. Je demande donc à un vieux qui va à la mosquée. Il me prend alors par la main pour m'y emmener, sans jamais la lâcher. C'est délirant ! J'ai l'impression d'être un petit garçon qui se ballade avec son grand-père. Mais il ne connaît pas le chemin plus que moi. Un autre gars, plus jeune, sort de la mosquée et me raccompagne, librement cette fois à la bonne maison. Udy dort, Mohamed aussi. Son petit frère gît sur le coté, le visage recouvert de mouches. Pierre-Eric est réveillé alors on va boire un Coca dans le bar du cousin. On se raconte nos vie, je lui paye un Fanta et on rentre.
Mohamed nous propose un grand repas pour ce soir, avec ses amis, mais il faut participer à hauteur de 30 DH chacun. Je sens une arnaque mais tant que je n'ai pas vu les plats, je préfère me taire. Nous partons voir une coopérative d'artisanat (tenu par un membre de la famille, bien sur...) ou Udy achète un turban, bleu, celui des touaregs du désert. Je n'achète rien, mais le cousin à tenté le coup avec moi : « Plaisir des yeux » qu'il dit. Il a oublié de dire « torture des oreilles » car il m'a soûlé pendant une demi-heure pour vendre ses tapis.
Nous reprenons le chemin du retour : juste avant le départ, petite embrouille dans la famille pour savoir qui allait profiter de nous ce soir. Je comprend rien à l'arabe, mais il y des attitudes qui ne trompent pas et je suis très fort pour les remarquer. On dépose Mohamed en chemin à sa deuxième auberge en construction et on continue vers la notre. Le rendez vous est fixé pour 20h00.
Pas grand chose à faire en attendant, à part regarder une nouvelle fois le coucher de soleil. Ces grandes dunes vierges me donnent une idée : écrire un truc en gros sur le sable puis prendre une photo avec nous à coté. J'écris mon nom pour faire un test et ça rend plutôt bien alors on se creuse la tête pour trouver des mots sympas. Finalement, on fait un "gros bisous" pendant qu'Udy discute avec un touareg qui nous a rejoint. Plus haut se trouvent un groupe de touristes qui entament sa descente. C'est un groupe de filles, et quand elles passent près de notre oeuvre, elles lancent un "Salut Ludo !" à l'unisson. Udy démarre au quart de tour : "Ca y'est, t'as un ticket, c'est dans la poche !". Je leur propose de nous rejoindre et elles nous proposent de venir prendre un thé à leur campement, 150 mètres plus bas. Nous discutons principalement avec trois d'entre elles (normal, nous somme trois) puis elles nous accompagnent jusqu'aux douches de l'auberge Yasmina. Elles ont l'air motivé ... Elles nous invitent ensuite à dîner à l'auberge mais on s'est déjà engagé avec Mohamed (surtout, on a déjà payé 30 DH). Et merde.
En route ! Au bout de cinq, minutes, j'entend un bruit bizarre alors je stoppe la voiture. Le pneu avant gauche est crevé. La malchance continue. Demi-tour pour changer la roue à l'hôtel ou des employés viennent nous aider, mais ça prend quand même 40 minutes. Nous arrivons au rendez-vous non sans difficultés supplémentaires. Nous avons dû demander notre chemin car nous nous sommes perdu dans la nuit. Comme en plus, nous avons juste assez d'essence pour sortir du désert, ce n'est pas le moment de faire des kilomètres inutiles. C'est l'heure de vérité. Le repas à 100 DH arrive. Et j'avais vu juste : des légumes et un morceau de poulet chacun. En clair, le repas leur à coûté à peine 50 DH au total et ils se sont mis notre monnaie dans les poches. Ca m'énerve au plus haut point mais je ne dit rien (à part foutre la merde, ca ne servirait strictement à rien). Du coup, je discute toute la soirée avec Pierre-Eric. Udy se démène pour faire la conversation aux autres. Je suis désolé pour lui mais je ne me sens pas responsable. Dès que le repas est fini, nous prenons nos affaires et allons nous coucher une dernière fois dans les dunes, à l'écart.


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